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Culture

Vidéo. Hassan Boussou : «Les fusions qui sont produites aujourd’hui dénaturent la musique gnaouie»

Muni de son Guenbri, le maâlem gnaoui se montre autant content du retour du festival d’Essaouira et des retrouvailles avec d’autres artistes que sceptique quant à la relève de cet art et aux fusions… Une évolution qui le dérange et il ne le cache pas.

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Hassan Boussou est le fils du défunt maâlem Hmida Boussou, «un monument de la musique gnaouie qui a la reconnaissance du monde entier», comme aime à le rappeler Hassan. Il l’initie à cet art, sans pour autant espérer qu’il porte le flambeau. Ce qui n’a pas tarder à arriver. Vivant entre la France et le Maroc, Hassan vibre à l’écoute de cette musique et vit de son Guenbri. Membre de l’association Yerma Gnaoua, il essaye tant que faire se peut de défendre cette culture, de conserver le patrimoine et de bien le transmettre aux générations futures.

Le festival Gnaoua en est à sa 24e édition. Que représente ce retour pour vous ?
Le festival dans sa 24e édition cette année représente beaucoup de choses, surtout après 3 ans de rupture à cause de la pandémie. Cette année, ce sont les grandes retrouvailles, le grand retour aux coutumes et traditions pour notre pèlerinage moderne, comme je l’appelle toujours. On est content de ce retour à nos origines.

Au fil des éditions, le festival a révélé tout un patrimoine. En même temps, la scène a perdu de grands maâlems. Est-ce que la relève est assurée ?
La relève est certes là. Mais c’est à se demander si ces jeunes pourraient porter le flambeau jusqu’au bout et garder la tradition. Personnellement, j’en doute. Une bonne relève doit être assurée par une transmission exacte. Il y a des jeunes qui se proclament maâlems après 3 ou 4 ans à peine dans le milieu gnaoua, poussés essentiellement par les réseaux sociaux. Si la relève suit la fusion et cette vague de musique moderne qu’on vit actuellement, je ne peux qu’être sceptique.

Justement, il y a de plus en plus de fusion de la musique gnaouie avec des musiques étrangères. Cela ne va pas en dénaturant cet art marocain ?
Je ne disais pas cela dans les années 90 et au début des années 2000. Les rencontres et les fusions qui se faisaient avec d’autres artistes étrangers apportaient beaucoup à la musique gnaouie. C’était chaleureux, étrange et humain en même temps. C’était mythique. Aujourd’hui, les fusions qui se sont créées inquiètent. Elles dénaturent la musique gnaouie. D’ailleurs, les fusions d’aujourd’hui se font généralement dans un studio de production avec des machines et des instruments, parfois sans même qu’il y ait de contact humain entre artistes. Il y a plein de fusions qui ne me convaincront pas. Si ça continue, ça ne peut être que dangereux pour ce patrimoine.

Vous êtes membre de l’association Yerma Gnaoua. Quels efforts fournit cette ONG pour conserver ce patrimoine ?
Nous travaillons comme on peut pour conserver cet art. Plusieurs annexes sont installées dans les principales villes comme Casablanca, Rabat et Marrakech. Nous essayons de créer des atmosphères pour les jeunes, afin de les motiver pour perpétuer la tradition. Nous essayons de laisser cet art entre de bonnes mains. Mais malheureusement la perte de grands maâlems comme Abdelkader, Hmida… qui inspiraient le respect, conjuguée à cette évolution de tagnaouite, nous dévient un peu de nos valeurs.

Vous êtes maâlem de père en fils. Qu’est-ce que cela apporte à votre quotidien, votre bien-être, votre vie ?
Comme disait mon père Hmida Boussou, c’est une philosophie de vie. Un maâlem doit avoir son monde à lui. Cela nécessite beaucoup de concentration, mais aussi un voyage d’esprit. Et c’est ce qui fait justement de la personne un maâlem. Il s’agit de voir le monde autrement. Tout a un sens: le paysage, les couleurs… Etant maâlem gnaoui, je peux atteindre l’état d’âme de la personne avant de lui adresser la parole. Les maâlems gnaouis ont ce petit plus, qui consiste à apporter beaucoup aux gens qui ont besoin d’eux, surtout du côté spirituel, et je suis sûr que les jeunes maâlems ne peuvent pas faire ça.

Les chansons gnaouies portent certainement des messages. Quels sont les vôtres ?
Chaque répertoire dispose d’un message. Lorsqu’on plonge profondément dans cette science, un message ressort de chaque chanson. Les couleurs par exemple sont mystiques. Elles ont une signification et un symbole et plein de messages peuvent être transmis juste à travers elles. Les gnaouas, tout comme plein d’artistes, Nass Lghiwane, Jil Jilala… transmettent des messages à travers les paroles et les instruments.

Ce qui n’est pas forcément le cas de cette nouvelle génération de gnaouis ?
Ce qui me dérange dans ces jeunes gnaouis, c’est qu’ils pensent avoir atteint des sommets. Pourtant le chemin est très long.

Que faut-il faire alors pour devenir un maâlem gnaoui ?
Beaucoup d’apprentissage. C’est long et ça ne s’arrête pas. Etre entre de bonnes mains, s’instruire avec les vrais maâlems, rester humble et ne jamais arrêter d’apprendre.