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Culture

Vidéo. David Serero : «Un opéra en darija sur la marche verte est prévu pour 2024»

Dans le cercle fermé des barytons, il figure parmi les plus sollicités. Sillonnant le monde, portant le Maroc dans son cœur, il n’hésite pas à rappeler fièrement ses origines. Sa mission : développer l’opéra au Maroc, et en darija s’il vous plait ! Comment compte-t-il s’y prendre ?

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Né en France, d’origine marocaine, le baryton et acteur David Serero s’est illustré dans le domaine de l’opéra. Il a donné près de 3.000 concerts et performances à travers le monde, dans plus de 45 pays. Il a joué dans plus de 100 films et séries TV, enregistré plus de 50 albums et interprété plus de 50 premiers rôles-titres (en plusieurs langues) sur scène dans l’opéra, le théâtre et la comédie musicale. Il s’est notamment illustré à New York dans les rôles de Shylock, Cyrano, Othello, Barabas, Yiddish King Lear, Don Giovanni, Figaro, Romeo, Nabucco… et à Paris avec Don Quichotte (L’Homme de La Mancha). Il a également mis en scène et produit quelques dizaines de productions théâtrales, ainsi que la création de plusieurs festivals. Depuis Buenos Aires en Argentine, il revient pour La Vie éco sur son amour pour le Maroc, ses projets pour ce pays et la genèse de l’Opéra Royal du Maroc qu’il a fondé.

 

Un opéra en darija, un peu osé et inédit. C’était sur un coup de tête ou l’idée avait bien germé ?
L’idée de lancer l’Opéra Royal du Maroc me travaillait depuis longtemps. J’avais envie de partager et donner à mon pays et à la jeunesse marocaine les moyens qui leur permettraient de s’épanouir et d’évoluer dans ce monde de l’opéra. Malheureusement, le Maroc n’avait pas d’opéra. Il n’y avait donc aucun débouché pour les chanteurs qui souhaitaient travailler ce style. En plus, il fallait mettre en place des formations pour ces chanteurs, car il n’existe pas de professeurs au Maroc ayant l’expérience des scènes d’opéra. Ce désir a particulièrement grandi grâce aux Marocains qui ont montré un engouement pour cette initiative, en plus du soutien indéfectible du ministère de la Culture qui a appuyé ce projet. A partir de là, j’ai créé l’Opéra Royal du Maroc, j’ai monté une troupe de chanteurs marocains et on a mis sur pied un opéra «à la marocaine», en créant aussi des opéras en darija.

Le premier concert a été donné fin 2022 à Casablanca. Quel a été le feed-back du public ?
J’ai été agréablement surpris du succès de ce concert, sur tous les plans. Nous avons reçu une énorme standing ovation, j’avais des frissons partout et j’ai réalisé qu’on avait, ce jour-là, réussi le pari de marocaniser, pour la première fois de l’histoire, l’opéra. Ce qui m’a rendu le plus fier, c’était la présence de beaucoup de jeunes, d’adolescents et des enfants, qui ont mis leurs plus beaux costumes et sont venus voir un gala d’opéra pour la toute première fois. Le public était subjugué par le show, un public de toutes les couches sociales, un public que je suis moi-même parti chercher dans l’ancienne médina de Casablanca, en chantant des airs d’opéra dans les ruelles de la médina. C’était nouveau pour eux. C’était magique !

C’était facile d’interpréter un opéra en darija ?
Rien n’est difficile lorsqu’on a l’envie, mais c’est toujours un challenge de chanter dans une langue qu’on ne parle pas couramment (à mon grand regret).

L’opéra ne fait pas partie du champ culturel marocain. Si on donne le choix à un Marocain lambda, entre un concert de Chaâbi ou de pop, et un autre d’opéra, on vous laisse deviner la réponse…
Je comprends parfaitement cela, et en étant honnête, je n’ai pas peur de dire que dans l’opéra, il y a certes de belles choses mais aussi beaucoup de répertoires qui m’endorment. Et même le «beau répertoire», il faut le faire avec modernité, jeunesse et communication avec le public. C’est mon travail de directeur artistique. Et puis, rien n’est acquis d’avance. Je prépare et dirige les chanteurs, afin que cela se fasse dans cet esprit, mais il ne faut pas oublier le visuel qui est très important. Donc je crée des lumières colorées et joyeuses pour casser le récital froid, et aussi je m’adresse directement au public pour lui présenter les airs pour qu’il y ait un échange et une expérience immersive et éducative.
J’essaie, par ailleurs, de présenter uniquement le meilleur de ce qui se fait tant par l’interprétation, le choix des artistes, le lieu… donc, lorsque le public vient à un gala de l’Opéra Royal du Maroc, il a la garantie de passer une bonne soirée.
Après le premier concert d’opéra en darija, à quoi devons-nous nous attendre maintenant ?
A partir de janvier 2024, nous aurons les premières productions scéniques des opéras. Le premier sera «Carmen, La Marocaine», mon adaptation de Carmen et la culture marocaine et, enfin, le tout premier opéra en darija qui sera sur la Marche Verte, une première mondiale. Mon but est de faire venir le monde entier au Maroc et que cela profite directement aux Marocains et au Maroc.

Vous êtes né en France et vous vouez une grande admiration pour le Maroc. D’où puisez-vous cette fascination et quel lien tissez-vous avec le Maroc ?
Ce sont des liens viscéraux. Mon père est Marocain, mes grands-parents sont nés au Maroc, c’est un pays très spécial pour moi, qui n’a jamais oublié tous ses citoyens. Je me dois de rendre à ce pays ce qu’il nous a donné. Le Maroc et son histoire sont uniques et nous devons tant à nos Souverains. Les messages de paix et d’amour que je reçois des Marocains me montrent que je ne me suis pas trompé et que je ferais toujours plus pour ce pays.

Vous rêvez de donner un concert au Roi Mohammed VI, au palais royal. C’est pour bientôt ?
Je prie pour que ce jour puisse arriver, Inch’Allah. Mais pour le moment, c’est toujours un rêve… Je sais que ça va arriver un jour, c’est une question de temps, car je sais que Sa Majesté le rendra possible. Au Maroc, tous les miracles sont possibles.

Vous êtes chanteur d’opéra, producteur, acteur, réalisateur, metteur en scène… Qui est David Serero ?
Je suis un passionné, un homme pressé qui aime la diversité et les nouveaux challenges. Pour le meilleur ou le pire, je suis un perfectionniste, un battant qui fera tout pour donner le meilleur de la soirée au public. Je ne me prends pas du tout au sérieux, mais, par contre, je prends mon travail très au sérieux. Avec les 25 années d’expérience, j’ai aussi beaucoup gagné en sagesse et j’ai su m’entourer. Comme on dit, tout seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin !

Vous avez près de 3.000 concerts à votre compteur. Vous avez remporté les «Oscars de l’opéra» et vous êtes adulé aux États-Unis. Quelle a été votre plus grande fierté ?
Je dirais que d’amener l’opéra dans le monde de mes frères arabes est l’une de mes plus grandes fiertés. Trop longtemps ce peuple magnifique a été écarté, mais grâce à sa volonté et à son travail il a montré au reste du monde ce qu’il était. On l’a vu dans le foot au Mondial, le Maroc arrivant en demi-finale au Qatar, quel exploit ! Grâce à la création de l’Opéra Royal du Maroc, je suis fier de voir des femmes musulmanes, qui portent le voile, souhaitant apprendre l’opéra. C’est un symbole qui est très fort pour moi et, sans doute, l’une de mes plus grandes fiertés. Le succès c’est aussi la longévité et il n’y a pas un jour où je n’ai pas une idée ou un projet. Croyez-moi, je vais faire tellement de choses dans ce beau pays qu’est le Maroc.

 


The American Dream
En 2017, David Serero fait son entrée dans le prestigieux Who’s Who (édition américaine) pour ses accomplissements dans le monde du divertissement aux États-Unis. En 2019, il reçoit le Albert Nelson Marquis Lifetime Achievement Award, le Trophée de la Culture du Maroc. Il devient membre de la Recording Academy – GRAMMYs et de la Television Academy. En 2020, il reçoit le Trophée de la diversité par l’UNESCO. En 2021, il remporte quatre BroadwayWorld Awards à New York, dont Meilleur interprète de la décennie, Meilleur producteur d’une comédie musicale (Anne Frank, a Musical), Meilleur producteur d’une pièce de théâtre (Romeo et Juliette, dans sa propre adaptation) et Meilleur chanteur d’opéra de l’année. Cette même année, le maire de New York, Bill de Blasio, lui remet le Certificat de reconnaissance de la ville pour sa contribution au paysage culturel et d’avoir enrichi le secteur des arts de la scène.

 

 

 

 

PROFIL
Né le 22 avril 1981 à Paris, David Serero fait ses débuts dans les comédies musicales et dans le Théâtre à New-York (où il vécut durant 3 ans). Puis en 2002, il découvre l’Opéra. En 2004, David entre au Conservatoire Rimsky-Korsakov de Saint-Pétersbourg en Opéra et en Théâtre dramatique, où il fait ses premiers pas. Depuis, il enchaîne les concerts, les prix et les consécrations pour devenir aujourd’hui l’un des barytons les plus sollicités au monde.