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Culture

SIEL, mon livre !

Malgré les jugements sur le livre et son rapport au public, le Salon donne la preuve que le divorce n’est pas encore consommé. L’année dernière, ils étaient 240.000 visiteurs à s’y rendre. Cette année, ce sont plus de 316.000 personnes à se déplacer pour cette 29e édition.

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C’est indéniable ! La crise de la lecture existe certes, mais l’engouement que le Salon international du livre et de l’édition a pu susciter tout au long de ses 28 dernières éditions vient un peu tempérer la «sévérité» d’un tel jugement. Il est vrai que, hormis la rentrée scolaire, les librairies sont souvent désertées, mais le SIEL fait l’exception. En toute vraisemblance, malgré les «apparences», le livre continue de séduire bien des franges du tissu sociétal marocain.
Un chiffre illustratif ? Pour l’année dernière, les organisateurs ont comptabilisé plus de 240.000 visiteurs, représentant une augmentation de 20% par rapport à la 28e édition. Ce qui n’est pas négligeable. Cette tendance haussière a été confirmée au bout de la 29e édition puisqu’on a comptabilisé plus de 316.000 visiteurs, soit un bond de 32%. D’ailleurs, dès vendredi 10 mai, jour de son inauguration, le Salon connaît une grande affluence. Le deuxième jour a constitué un moment particulièrement animé.

Samedi 11 mai, celles et ceux qui se sont déplacés sur les lieux auraient été, pour le moins, surpris par la densité de la foule qui a envahi le site d’OLM Souissi. Ce jour-là, le Salon, qui fête sa troisième édition après sa délocalisation de Casablanca, a programmé une cérémonie de signature dédiée au romancier saoudien Oussama Al Muslim. Dans l’absolu, rien ne laissait présager une présence massive du public.

Faux ! La salle qui abritait l’événement a été prise d’assaut dès les premières heures de la journée par une foule compacte des fans de l’auteur de la trilogie «Khawf» (La peur). En dehors de la salle, la file d’attente, où on comptait des jeunes et moins jeunes prenant leur mal en patience, était interminable. Filles et garçons sont venus, munis des œuvres de l’écrivain de 47 ans, mus par l’espoir de pouvoir revenir avec un autographe sur l’un de ses ouvrages. Le buzz créé aurait certainement été traduit par le nombre de recherches sur Google du nom de la star du SIEL. On ne finirait pas d’en parler.

Phénomène social
Or, c’est à se poser des interrogations quant à la «fiabilité» des jugements qui disent que les jeunes seraient entièrement obnubilés par les smartphones et autres tablettes. Peu importe les jugements de valeur que certains pourraient émettre quant à la nature des écrits d’Oussama Al Muslim, ou encore ces fracassantes sorties aussi clivantes que vindicatives sur les réseaux sociaux, le constat est là : il y a encore un public pour la chose écrite ! Certains disent ne pas en vouloir aux jeunes, en avançant qu’il ne s’agissait que d’une opération marketing orchestrée. Avec les temps qui courent, la stigmatisation est devenue un sport national.

Qu’à cela ne tienne, il y avait tellement de monde que les organisateurs semblent avoir été pris de court. De peur d’un mouvement de foules à risque, et en vue de sécuriser les visiteurs et garantir les meilleures conditions pour la réussite du Salon, ladite cérémonie a été interrompue. Celles et ceux qui n’ont pas réussi à avoir la tant désirée dédicace n’ont pas de soucis à se faire, ce n’est que partie remise. En effet, en vue de «consoler» les déçus, on apprend que le département de la Culture devrait prendre sur lui l’organisation d’une tournée de l’écrivain qui concernera plusieurs villes du pays. Les fans doivent se sentir heureux ! Plutôt phénoménal comme attractivité pour l’univers de science-fiction que propose ce prolifique auteur dont le compteur comprend plus d’une trentaine d’œuvres réparties entre romans et autres recueils de nouvelles.

Phénoménal aussi ce changement radical de la société saoudienne dont il atteste et qui a pu être réalisé en si peu de temps. Il fut un temps, pas très loin, où la principale attraction du SIEL était le livre saoudien certes, mais le livre de religion était produit et promu, dans tous les sens du terme, à coup de pétrodollars. Pour revenir au SIEL de cette année, et avec une moindre affluence, d’autres cérémonies étaient au programme de cette édition dont l’invité d’honneur est l’Unesco. Sans oublier les 243 débats et conférences qui ont connu la participation de plus de 700 intervenants, dont 144 étrangers. Mais pas uniquement. Plusieurs ateliers thématiques à l’adresse des enfants ont été annoncés et dont ont bénéficié plus de 10.000 chérubins. C’est dire que les 35.000 mètres carrés, dont 14.500 mètres carrés occupés par les 743 exposants en provenance de 48 pays venant des quatre coins du globe, ont été bien animés. Dans les 253 stands du SIEL, ce sont 100.000 titres, couvrant les domaines de la pensée et de la littérature, qui ont été proposés aux visiteurs. Outre les maisons d’édition, l’événement a été aussi l’occasion pour rapprocher des institutionnels des autres publics, et ce pour se faire connaître et partager avec l’opinion les missions de certaines institutions. Tant mieux, ça sert aussi à ça ce rendez-vous annuel.


Production : État des lieux

Révélateur. En tout et pour tout, l’année 2022-2023 a vu la parution de 2.795 ouvrages imprimés et 191 en format numérique. Sans surprise, jusqu’à preuve du contraire, c’est le littéraire qui prône en tête avec 658 œuvres. Le rayon est aussi assez fourni en ce qui concerne les études littéraires avec 223 titres.

Le domaine du Droit arrive en deuxième position avec 411 titres. L’Histoire arrive en troisième place avec 344 titres, selon les chiffres de la Fondation du Roi Abdulaziz. Sur le chapitre des livres relatifs à l’Islam, on avance 291 titres, alors que sur les autres religions on compte seulement 5 livres. Visiblement, on n’est pas très portés à découvrir «les autres». Les arts ? Il va falloir revenir plus tard, on en parle plus qu’on écrit sur le sujet, avec à peine 78 livres. De la psychologie, nos chercheurs n’auraient produit que 21 livres. Pour la géographie, on était à une petite dizaine. Pour le reste, on s’arrête sur les études à caractère scientifique. Alors là, c’est vraiment le parent pauvre : 11 études !