Culture
«School of Casablanca» : la métropole dans tous ses états
L’exposition est l’aboutissement de plusieurs rencontres, de résidences d’artistes et de projections qui ont vu la participation de personnalités de renom appartenant à des univers en apparence différents, mais qui trouvent leur complémentarité dans ce projet aux multiples dimensions.
Les amateurs d’art et d’histoire casablancais ont rendez-vous, à partir du 11 novembre jusqu’au 14 janvier prochain, avec une exposition d’un genre nouveau. Située au carrefour de l’art et de disciplines diverses, allant des sciences sociales à l’histoire, en passant par l’architecture et les arts visuels, l’exposition School of Casablanca rend hommage à l’histoire politique et culturelle de cette ville qui a vu naître, au lendemain de l’indépendance, des courants artistiques nouveaux, qui constituent aujourd’hui le noyau de l’art contemporain marocain.
Ce projet artistique fait la part belle à l’archive, «il questionne l’héritage de l’École des beaux-arts de Casablanca entre 1951, année d’ouverture officielle, et 1981», explique Salma Lahlou, directrice de ThinkArt et commissaire d’exposition.
School of Casablanca est l’aboutissement de plusieurs rencontres, de résidences et de projections qui ont démarré en 2020, et qui ont vu la participation de personnalités de renom appartenant à des univers en apparence différents, mais qui trouvent leur complémentarité dans ce projet aux multiples dimensions. «En fédérant ces différentes disciplines, il a été demandé aux participants de mettre en avant des choix tout à fait personnels, subjectifs», souligne Salma Lahlou.
School of Casablanca revisite et réinterprète les idées et les actions radicales du groupe d’individus (Farid Belkahia, Mohammed Chabâa, Bert Flint, Toni Maraini et Mohamed Melehi) qui a façonné l’École à son apogée (1964-1969). Ce faisant, elle s’inspire de l’esprit d’expérimentation, de discours, d’auto-organisation et de construction communautaire incarnés par «Souffles», une revue culturelle d’avant-garde créée en 1966 et dont les fondateurs (Abdellatif Laâbi, Mostafa Nissaboury et Mohammed Khaïr-Eddine) ont largement collaboré avec l’École. Interdite par les autorités en 1972, la revue était un point de convergence important pour les artistes marocains et internationaux, les poètes, les peintres, les cinéastes, les dramaturges et d’autres figures culturelles.
Du présent vers le passé
Ce bouillonnement artistique et intellectuel caractéristique des années 60 à Casablanca a été au cœur des recherches entreprises sur le terrain par les participants invités – artistes, designers, curateurs et chercheurs indépendants – à School of Casablanca. L’exposition qui vient conclure cette initiative fait dialoguer des propositions inédites à partir des archives de l’École, assurant une continuité réflexive du présent vers le passé.
Elle se déroule dans cinq lieux de la ville : l’École supérieure des beaux-arts de Casablanca, la Coupole du parc de la Ligue arabe, l’annexe de l’église du Sacré-Cœur, le parc de la Ligue arabe et ThinkArt. Répartie en trois thématiques intitulées «Making Art Public» (Démocratiser l’art), «Modernist Esthetic & Popular Art,» (L’Esthétique moderniste & l’art populaire) et «Artistic Practice & Everyday Life» (La pratique artistique dans le quotidien) et contextualisant le climat sociopolitique (les années de plomb) et culturel dans lequel l’art moderne marocain a baigné, l’exposition questionne l’apport de l’École aujourd’hui au développement des différentes pratiques artistiques inscrites dans la réalité sociopolitique marocaine contemporaine.
L’exposition School of Casablanca, qui sera disponible en trois langues (arabe, français et anglais) verra les contributions de Gilles Aubry, Nassim Azarzar, Amina Belghiti & Soukaina Aziz El Idrissi, Bik Van der Pol, Céline Condorelli, Fatima-Zahra Lakrissa, Manuel Raeder, Marion von Osten, Peter Spillmann et Abdeslam Ziou Ziou. Au menu, des archives historiques, des expérimentations sonores, projections, arts plastiques, et bien plus, qui interrogent une histoire casablancaise aussi riche que contradictoire.
Peter Spillmann, qui a longtemps travaillé avec sa défunte épouse Marion Von Osten sur les archives coloniales et la modernité, et qui prépare lors de ce rendez-vous artistique une installation-bibliothèque d’archives, estime que «cette exposition relève davantage de la recherche que de l’art». Portée par l’enthousiasme suscité par la qualité des créations qui seront soumises à l’appréciation du public à partir du 11 novembre, Salma Lahlou nourrit l’espoir de faire de cette manifestation un rendez-vous récurrent. «Il serait tout à fait intéressant de produire cet événement de façon bisannuelle», espère-t-elle.
School of Casablanca est une initiative de ThinkArt et de KW Institute for Contemporary Art, et est soutenue par la Fondation TGCC et MAFODER. Cette exposition itinérante fera escale à Berlin à l’Ifa-Galerie, du 15 février au 14 avril 2024. Les archives historiques seront, elles, exposées à Sharjah, à une date ultérieure.