Chronique
Patriotisme ou nationalisme ?
Nous avons vu et nous le verrons toujours, cet élan de solidarité entre Marocains quand surgit une catastrophe, une crise ou une attaque, d’où qu’elle vienne, de qui que ce soit. Les Marocains sont toujours debout quand le danger est externe. Qu’en est-il quand ce danger vient de l’intérieur ? Que devient notre patriotisme quand nous restons entre nous ?
Bien sûr que nous aimons tous notre pays. C’est indéniable que nous en sommes fiers. Il est certain que le Maroc se modernise et que la différence avec d’autres pays du même niveau, africains ou arabes, saute aux yeux dès la première visite de ces derniers. Évidemment que les Marocains sont intelligents, hospitaliers, ingénieux, parfois même adorablement espiègles. Cela est indiscutable.
Bon patriotisme, mauvais patriotisme
Notre patriotisme est donc justifié et légitime. Cependant, tout comme la magie qui peut être noire ou blanche, il existe aussi un bon patriotisme et un mauvais patriotisme. Un patriotisme qui nourrit l’action et lui rend la noblesse que confère le travail à l’intérêt général. Et l’autre patriotisme que d’aucuns «activent» par paresse ou cynisme comme une excuse pour demeurer immobiles tout en étant fiers! Les apparences demeurant ainsi intactes.
Le patriotisme devient mauvais quand il est atteint d’une overdose de chauvinisme, forme agressive du patriotisme. Le dictionnaire définit un patriote en tant qu’une personne «qui aime ardemment sa patrie et qui le prouve par des actes». Le second «couplet» est partie intégrante de la définition. Quand les actes manquent, le patriotisme devient mauvais ou irréfléchi. Ou les deux.
L’action d’un côté, la réaction de l’autre
Tant que le patriotisme nous pousse à devenir meilleurs, à travailler pour la patrie et ceux qui la peuplent; tant qu’il nous pousse à considérer l’intérêt général dans ce que nous faisons et nous disons; à prendre soin de nos concitoyens, à respecter l’espace public et les espaces communs que nous utilisons tous, il est un ciment qui nous lie pour nous améliorer tous ensemble et en même temps.
Quand il se transforme qu’en réaction à ce qui est extrinsèque, aux autres, à l’étranger… il peut se transmuter en nationalisme, en une idéologie politique potentiellement mortifère et sclérosante. Romain Gary écrivait : «Le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres». De Gaulle, adaptant sa citation au politique, disait : «Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres».
Conclusion, il vaut mieux être activiste que réactionnaire.
Soyons patriotes, soyons solidaires
Nous avons tout à gagner à privilégier le patriotisme au nationalisme. Le premier se base sur l’amour du pays et le respect des autres alors que le second peut impliquer une notion de supériorité et une volonté de domination.
Le patriotisme implique la coopération et la solidarité. Le nationalisme peut encourager l’isolationnisme et la discrimination envers les autres nations et parfois les autres cultures.
On devient patriote en apprenant l’engagement civique et en défendant la liberté. Le patriotisme ne fournit pas la justification pour la haine des autres. Il se réalise en éduquant les gens sur l’histoire du pays, en les encourageant à participer à la vie de la cité et de la communauté, à s’intéresser à l’intérêt général, à promouvoir le respect des lois et des institutions, à encourager le dialogue et le débat respectueux. À nous de faire le meilleur choix.
La culture est la solution.