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Culture

L’art marocain, un trésor national : 63 œuvres du MMVI protégées !

Le Maroc consacre 61 peintures et 2 sculptures majeures du Musée Mohammed VI au patrimoine national. Une décision historique qui protège ces trésors artistiques et célèbre l’héritage des grands noms de l’art moderne et contemporain marocain.

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Par un décret publié récemment au Bulletin officiel, 63 œuvres majeures exposées au Musée MohammedVI d’Art moderne et contemporain (MMVI) de Rabat ont été officiellement classées au patrimoine national. Une première qui consacre la valeur inestimable de ces créations et garantit leur protection pour les générations futures.

Cette initiative, portée par la Fondation nationale des musées (FNM) et le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, s’inscrit dans le cadre de la loi n° 22.80 sur la conservation des monuments historiques et des objets d’art.

Signé le 3 juin par le chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, et le ministre de la Culture, Mehdi Bensaid, le décret classe 61 peintures et 2 sculptures dans la catégorie des «antiquités», un statut réservant à ces œuvres une protection renforcée.

Le chemin vers ce classement a été marqué par une démarche méthodique. Tout commence le 6 décembre 2024, lorsque la Fondation nationale des musées soumet une demande formelle pour conférer un statut de protection particulier à ces œuvres.

Une commission spécialisée se réunit une semaine plus tard, le 13 décembre, pour examiner la requête. Sur la base de son avis favorable et d’une proposition du ministre de la Culture, le décret est finalisé et promulgué six mois plus tard, marquant une étape décisive dans la préservation du patrimoine artistique marocain.

Patrimoine
«Tout d’abord, il s’agit d’un fait marquant, car c’est la première fois que des œuvres d’art du Musée Mohammed VI d’Art moderne et contemporain sont classées au patrimoine national par le ministère de la Culture. La valeur artistique constitue le critère central.

Les œuvres retenues sont toutes réalisées par des artistes marocains majeurs, aujourd’hui décédés, dont les contributions ont profondément marqué l’histoire de l’art marocain moderne et contemporain. Ce qui souligne cette volonté de préserver un héritage artistique national de grande importance.

Je tiens à rappeler que ce classement s’inscrit dans le cadre juridique de la loi n° 22.80 relative à la conservation des monuments historiques, des sites, des inscriptions, des objets d’art et d’antiquité. Ce processus s’inscrit donc dans une démarche de continuité des actions du ministère de la Culture qui avait déjà entrepris des mesures similaires pour d’autres éléments du patrimoine.

Ce classement vise ainsi à protéger ces œuvres contre le trafic illicite, à garantir leur visibilité et à assurer leur conservation rigoureuse, désormais soumise à l’autorisation des services compétents pour toute intervention», précise le président de la Fondation nationale des musées, Mehdi Qotbi.

Les 63 œuvres, en dépôt permanent au MMVI, sont signées par des figures emblématiques de l’art marocain, toutes disparues. Parmi elles, 41 proviennent de la collection du ministère de la Culture et 22 de celle de l’Académie du Royaume du Maroc.

On y retrouve les créations d’artistes, tels qu’Aïssa Iken, Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Chaibia Talal, Jilali Gharbaoui ou encore Hassan Slaoui, auteur des deux sculptures classées. Ces œuvres incarnent la richesse et la diversité de l’art moderne et contemporain marocain, véritable miroir de l’identité culturelle du Royaume.

Protocoles
Le classement impose des mesures strictes pour garantir la préservation de ces trésors. Aucune modification, restauration ou réparation ne pourra être effectuée sans l’aval des services compétents du ministère.

«Des protocoles rigoureux seront systématiquement appliqués avant toute sortie des œuvres de leur lieu d’exposition habituel, afin de garantir leur sécurité maximale. Ces mesures respecteront les standards internationaux en matière de conservation préventive.

Ce dispositif témoigne d’un engagement envers la protection d’un patrimoine artistique considéré comme une composante essentielle de notre identité collective. En assurant la préservation de ces œuvres, le Maroc réaffirme ainsi sa volonté de sauvegarder son héritage culturel et d’encourager des initiatives comme celles-ci dans d’autres institutions marocaines», détaille Qotbi.

Pour les prêts internationaux, un dispositif tout aussi rigoureux est prévu. Les œuvres classées ne pourront voyager qu’à condition de respecter un Facility Report, un document garantissant des conditions optimales de conservation et de sécurité.

«Le Facility Report demeure un outil fondamental dans le cadre des prêts internationaux. Il concerne principalement les conditions liées aux espaces d’exposition, à la mobilité des œuvres ainsi qu’au transport, et repose sur des critères techniques stricts. À l’instar des pratiques en vigueur dans les grands musées étrangers, ce document garantit que les œuvres prêtées bénéficient de conditions optimales de conservation, de sécurité et d’accueil. Il servira de cadre formel pour réguler ces prêts en définissant clairement les conditions, responsabilités et procédures à suivre. Cette démarche témoigne de l’engagement du Maroc à assurer une préservation de ses collections, même lorsqu’elles sont temporairement transférées à l’étranger», souligne Qotbi.

Pérennité
Cette initiative pourrait n’être qu’un début. La FNM ambitionne d’élargir ce classement à d’autres œuvres dans les années à venir.

Cependant, «la Fondation nationale des musées ne procède pas directement au classement des œuvres, mais elle y joue un rôle clé. Elle contribue au processus en identifiant une sélection présentant une valeur patrimoniale significative, et qui mérite d’être protégée.

Cette démarche s’effectue en étroite collaboration avec le ministère de la Culture, habilité à procéder au classement officiel. La FNM a déjà participé au classement d’objets archéologiques et d’œuvres, matérielles ou immatérielles.

Elle entend poursuivre dans cette voie en élargissant progressivement la liste des œuvres proposées, afin de mieux préserver et valoriser notre héritage et en assurer la transmission aux générations futures.

Ce modèle de classement constitue une base pour la protection du patrimoine artistique marocain, en jetant les fondements d’un référentiel qui pourrait être élargi à d’autres œuvres et artistes à l’avenir», explique Qotbi.

En inscrivant ces 63 œuvres au patrimoine national, le Maroc rend hommage à ses artistes et pose les jalons d’une politique culturelle ambitieuse.

Cette démarche, saluée comme une avancée majeure, renforce le rayonnement du Royaume sur la scène internationale, tout en célébrant un héritage qui conjugue mémoire et modernité. Une nouvelle page s’écrit pour l’art marocain, avec la promesse de préserver ses trésors pour les générations à venir.


63 œuvres de grands noms de l’art marocain officiellement classées
Aïssa Iken, Farid Belkahia, Miloud Labied, Mohamed Chebaa, Mohamed Bennani, Mohamed Melehi, Mohamed Ben Allal, Ahmed Afailal Tribak , Abdelbasset Bendahman, Ahmed Krifla, Fatima Hassan El Farouj, Chaibia Talal, Hossein Talal, Jilali Gharbaoui, Karim Bennani, Mohamed Hamri, Mekki Megara, Mahjoubi Aherdane, Mohamed Kacimi, Hassan El Glaoui, Mohamed Abouelouakar, Mohamed Azouzi, Mohamed Drissi, Mohamed Nabili et Hassan Slaoui (2 sculptures).