Chronique
L’amour est la solution
Le sujet de la santé mentale devient à la mode, presque partout. Pas encore chez nous. Il est peut-être utile de voir où en sommes-nous par rapport à ce sujet et dans quel état de santé mentale les Marocains baignent-ils, en général et en particulier.
Fini les vacances, c’est la rentrée. Et pour bien commencer la nouvelle année, je veux dire l’année scolaire, celle qui commence en septembre, parlons d’amour. Parce que je crois qu’il s’agit d’une notion que nous négligeons.
Beaucoup d’entre nous considèrent, en effet, qu’il y a des priorités plus urgentes. L’argent, la scolarité d’enfants, la santé de la maman… Ils peuvent avoir raison, bien que l’amour puisse aussi nous aider à tout affronter, plus sereinement.
L’amour de qui et de quoi ?
Cet amour manque à beaucoup d’entre nous. Quels que soient celle(s), celui/ceux ou ce que nous aimons. L’amour de la famille, des amis, du pays, de la patrie, de la nation, de Dieu, de soi… L’amour de ses concitoyens, de ses semblables, de ceux qui nous ressemblent, de ceux qui ne nous ressemblent pas. L’amour de ceux avec qui nous sommes d’accord, de ceux avec qui nous sommes moyennement d’accord, de ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord du tout…
Parce qu’en définitive, nous pouvons toujours faire le choix de vivre en paranoïaques chroniques. Que nous n’adoptions que des comportements de méfiance entre nous, quand ce n’est pas de la violence, dans l’espace public, au travail, à l’épicerie, au café… Il faut dire qu’il y a toutes les raisons d’être méfiants, car rien n’est sûr. Ni l’école, ni l’hôpital, ni la rue… ne nous permettent de rester sereins.
Essayons quand même !
Essayons, tout de même, de nous faire «violence» en nous aimant les uns les autres, ou en apprenant à nous aimer les uns les autres. Charité bien ordonnée commence par soi-même, appliquons cette résolution d’abord sur «al mo9arrabouna aoula», soi-même, la famille, les amis, l’entourage direct… pour arriver aux étrangers que nous ne connaissons même pas. Après tout, il n’y a aucune raison de ne pas aimer quelqu’un qui ne nous a rien fait!
Ou alors, apprenons au moins à ne pas détester son voisin, son collègue du bureau, l’anonyme qui passe à côté de nous dans la rue ou qui est attablé à côté de nous au café. C’est bien d’aimer, non pas par intérêt, mais par humanisme. Ça décharge le cerveau d’une charge négative inutile.
Un amour salvateur
Cet amour pourrait nous transformer directement et indirectement. Et par conséquent, changer positivement notre pays. Car nous avons besoin de créativité pour nous sauver et sauver le pays. Et il n’y a pas de créativité sans amour. La haine annule la créativité.
Ne nous leurrons pas, même l’amour, peut-être même, surtout l’amour, est aussi politique. Aristote ne disait-il pas déjà que tout est politique. Il nous faudrait une politique publique de l’amour. Laisser les gens s’aimer entre eux, sans obstacle. Leur permettre de s’amuser, de jouer, de chanter, de danser, de s’aérer l’esprit… De ne pas encombrer l’esprit du citoyen avec ce qui doit être assuré par le service public. Que le minimum soit garanti et de qualité. Nous revenons toujours à la même chose, l’école, l’hôpital, les jardins publics, la rue, l’urbanisme, les conservatoires, les stades, les théâtres… L’amour fabriquerait des citoyens qui aiment leur prochain, qui respectent l’espace public, qui ont un sens de l’intérêt général, qui s’intéressent aux autres, qui ne pensent pas qu’à eux-mêmes, qui n’essaient pas de se sauver au détriment de tous les autres, etc.
La conclusion demeure toujours la même. Pour que l’amour règne, la culture est la solution.