Culture
Festival : Envol Xtravaganza
Hédonisme diurne, déflagration électronique la nuit. Et au centre de cette chrysalide festive, Adassiya. Sa performance ne se contente pas d’aligner des morceaux; elle module, elle transforme grooves house, mélismes arabes et énergie brute en un seul organisme irrésistible.
Vendredi et samedi soir, sur la plage du Radisson Blu Taghazout Bay, Xtravaganza proposait son grand envol. De beaux noms, une lumière exceptionnelle, un cadre de rêve…, on y était, et on vous raconte.
Pour cette nouvelle édition, le festival (ex-XperienZa) a mué. Fini les totems animaliers, place au papillon, un symbole d’une transformation radicale entre ancrage diurne et exubérance nocturne. Trois jours et deux nuits au Maroc, entre océan et arganiers, avec un programme holistique qui mêle yoga, surf, cérémonie du cacao et, surtout, une programmation électronique pointue dès le coucher du soleil.
Le jour, l’ambiance reste presque familiale. À la cabane à pancakes au bord de la piscine, des DJs marocains émergents font tourner des grooves solaires. Quoique certains commettaient d’énormes erreurs de beatmatching et de synchronisation l’after-midi, ils ont su rebondir avec brio et garder une énergie positive. L’ambiance reste légère, bienveillante. On recharge les batteries avant le vrai rituel.
Au Sunset Ritual, le gong résonne. Appel des tribus, procession vers la plage; le temps se suspend, le ciel vire au pourpre. Puis la nuit prend possession des lieux. La plage s’embrase. Costumes lumineux, ailes déployées, pieds dans le sable. Afro-house, deep grooves et techno mélodique se répondent sous une scénographie où les quatre éléments deviennent à la fois décor et manifeste.
Atmosphère
Et puis arrive Adassiya. Notre coup de cœur absolu. Entre 1h45 et 3h45 le samedi, la Franco-Algérienne électrise l’auditoire. Ancienne chanteuse soul, Anissa Stili ne se contentait pas de mixer, elle modulait. Son set fonctionne comme un système Eurorack émotionnel.
Sa voix live, puissante et sensuelle, agit comme l’oscillateur central. Des mélismes arabes glissent sur des grooves house profonds (122-126 BPM), tandis que les percussions ethniques claquent comme des triggers imprévisibles. Les basses rondes et dansantes servent de clock stable, les pads respirent comme des LFO lents. Un vocal devient filtre, une darbouka se transforme en séquence mélodique…, rien n’est figé. Le drop ne tombe pas brutalement, il émerge naturellement, comme une enveloppe ADSR qui s’ouvre progressivement sur l’extase collective.
Adassiya relie racines algériennes et futur électronique avec une fluidité rare. Autour d’elle, Arkadyan, Andrea Oliva, Pact (Joris Delacroix & Teho), Caiiro ou Moeaike ont fait trembler la plage, mais la djette et performeuse a su créer une alchimie unique, celle d’une house organique, chaude et jamais froide, qui fait danser le corps.
Le public, lui, suit la transformation. D’abord observateur, il devient acteur. Costumes élémentaires, corps en mouvement, sourires complices révèlent une véritable communauté en train de se former, loin des clichés du clubbing parisien ou ibizencos. La jeunesse marocaine et internationale se mélangeait dans un même élan spirituel et festif. Le Radisson Blu, entièrement repensé pour l’occasion, offrait un écrin luxueux à cette expérience qui se veut sophistiquée.
Au petit matin, alors que les ailes se replient doucement et que les premières lueurs caressent l’Atlantique, on mesure ce qui s’est passé. Le papillon a donc mué dans un Radisson Blu, et son prochain vol au-dessus de Taghazout s’annonce déjà rentable. On guette, un sourire en coin.