Culture
Essaouira, au-delà de la transe
La ville des Alizés ouvre ses bras pour accueillir les amateurs du Festival Gnaoua. 53 concerts sont au programme avec 400 artistes d’ici et d’ailleurs qui se produiront sur les sept scènes prévues. Les multiples facettes d’un rendez-vous majeur.
Un quart de siècle déjà, et on dirait que c’était juste hier. Le Festival de la ville des Alizés est de retour. Les amoureux de la ville, plus particulièrement celles et ceux qu’envoûtent les rythmes gnaouis, auront un nouveau rendez-vous. Trois journées au cours desquelles un hommage sera rendu à la culture africaine et à l’héritage culturel de la région. Sur vos agendas, cochez du 27 au 29 juin.
Pour les 25 ans du festival, les organisateurs de ce rendez-vous, devenu incontournable au fil des éditions, ont mis les petits plats dans les grands pour une célébration à la hauteur d’un itinéraire qui n’avait rien d’un long fleuve tranquille. En effet, à remonter aux premières éditions, dont la toute première avait lieu en 1998, l’on savait que, financièrement parlant, ce n’était pas évident.
D’aucuns ne pariaient guère sur la «capacité de tenir le coup». L’un des défis majeurs qu’il fallait, dès lors, relever était de lui assurer les moyens de sa pérennisation. La bataille n’était pas gagnée d’avance, mais elle valait bien la peine de la mener et surtout de la remporter.
Toujours est-il que les organisateurs y croyaient et ont pu convaincre les différents sponsors qui les ont accompagnés. Que ce soit ceux qui étaient là à la naissance ou encore les autres qui ont pris le train en marche. Et voilà que le train est à sa 25e gare ! Avec, à la clé, 53 concerts et plus de 400 artistes nationaux et internationaux qui vont se produire sur les sept scènes prévues. Dont la plus emblématique n’est autre que celle de la place Moulay El Hassan.
C’est dire les dizaines de milliers de festivaliers en auront plein les oreilles entre les sons des guembris, qraqebs et autres tambours. Sans omettre, bien entendu, les voix ensorcelantes des mâalems et leurs chœurs. Lieu de fusion par excellence, le «Woodstock marocain» promet plusieurs concerts dans ce rayon.
Avec des troupes en provenance d’Espagne, du Sénégal, des États-Unis, de Côte d’Ivoire, du Brésil et on en passe. On le voit : la programmation est aussi éclectique que prometteuse. Outre cette dimension festive, ce Festival a aussi le mérite d’avoir donné davantage de visibilité sur la scène internationale à cet héritage musical ancestral. En effet, ils sont nombreux les mâalems qui, grâce à ce rendez-vous, collaborent avec de grands musiciens étrangers, qui performent dans les plus prestigieuses salles ou encore les scènes de renommée mondiale des festivals, à New York, à Dubaï, en passant par Paris, Sydney ou encore Londres. L’autre fait marquant de ce long récit d’un quart de siècle est que, en 2009, dans le cadre des efforts pour la promotion et la sauvegarde de la culture musicale gnaouie, l’on a assisté à l’élaboration de la première anthologie de cette musique. Laquelle anthologie regroupe l’intégralité des chants, des musiques et textes de cet art ancestral, mettant ainsi, une bonne fois pour toutes, un terme aux craintes d’en perdre la trace.
Maintenant que la menace n’est plus d’actualité, que le Festival a pu redonner ses lettres de noblesse à cette culture, cela ne doit nullement induire d’aller s’endormir sur ses lauriers avec le sentiment du devoir accompli. Les organisateurs en sont conscients. Ils ont, dira la productrice du Festival, Neila Tazi, «encore des rêves et de grandes ambitions à accomplir pour ce projet».
La formation est aussi dans les cordes
Mais, dans l’état d’esprit de cet événement, le premier en son genre, côté ampleur, dans l’histoire des rendez-vous culturels dans le Royaume, il y a aussi l’objectif d’assurer la pérennité de la tradition musicale des Gnaoua, inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco en 2019, en la revivifiant.
D’où tout l’intérêt accordé à la formation de jeunes musiciens qui sont en train de prendre le relais, avec en plus l’entrée sur scène des femmes.
D’ailleurs, pour sa 25e bougie, le Festival lance un nouveau programme avec le Berklee College of Music de Boston (États-Unis). L’objectif étant aussi d’accompagner la jeune génération de musiciens marocains, africains, voire au-delà.
Il y a encore plus. Il s’agit notamment du lancement de la première étape pour la création d’une chaire universitaire dédiée à la culture gnaouie au sein du «Center for African Studies» de l’Université
MohammedVI Polytechnique de Benguerir (UM6P), qui est dirigé par Ali Benmakhlouf.
À noter que cette chaire, qui verra le jour en 2025, vise à créer un espace de recherche en vue d’approfondir les connaissances sur la culture gnaouie, ses origines et sa signification. Tout un programme ! Mais, cela vaut bien la peine pour mieux saisir les contours d’un aussi important confluent dans la culture, si singulièrement plurielle, marocaine.
Et ça rapporte !
Un festival, ce n’est pas uniquement la fête, le partage dans la joie et l’allégresse collectives, mais aussi une dimension socioéconomique avérée. Car, l’animation d’une ville, avec des dizaines de milliers de festivaliers, c’est également tout un écosystème autour. Et le Festival Gnaoua ne déroge pas à la règle. Entre les commerces, les restaurants, les cafés, les établissements d’hébergement hôtelier, etc., ce sont tous les maillons de la chaine économique qui en tirent profit. Aussi, ce Festival aura réussi à contribuer à l’essor et la promotion de la destination Essaouira. D’ailleurs, les organisateurs se font toujours fort de rappeler l’étude du cabinet Valyans, faite en 2014, dont l’une des conclusions que chaque dirham investi dans l’organisation de cet événement musical en générerait 17 dans l’économie de la ville, ce qui représente plus de 1,7 milliard de dirhams pour les 16 premières éditions.
