SUIVEZ-NOUS

Culture

Dire et faire

Un énoncé performatif engage l’action. En appliquant cette notion dans l’analyse des discours de nos «décideurs», la linguistique nous permet de voir à quel point nous manquons d’action et nous excellons dans la parlotte.

Publié le


Mis à jour le

John Langford Austin, philosophe et linguiste américain, a résumé la notion de performativité en une phrase: «Quand dire, c’est faire». Cette phrase est la traduction du titre de son ouvrage «How to do things with words», traduit en 1970. Pour la définition, les verbes performatifs sont ceux qui ne s’arrêtent pas à la description ou l’annonce de l’action mais, aussi et en même temps, impliquent cette action elle-même, de façon pratique et palpable.

Analyser scientifiquement le discours des politiques
En appliquant cette notion dans l’analyse des discours de nos «décideurs», la linguistique nous permet de voir à quel point nous manquons d’action en restant dans exactement le contraire de l’énoncé performatif. Le constatif, celui qui décrit l’état des choses sans travailler sérieusement à les changer, alors qu’on en a l’autorité et le pouvoir de le faire. Nous demeurons, donc, dans le dire. Le «chafawi», si on veut tenter une traduction en dialectal marocain.
Pire, certains de nos décideurs ont réussi à détourner la théorie d’Austin en «How NOT to do things with words», en les maintenant dans le stade de mots n’arrivant que rarement à l’action.
Aidés en cela par l’amnésie populaire et l’absence d’une réelle reddition des comptes. Nous nous permettons de créer une nouvelle notion, propre à nous, celle de «constatif fourbe».

La politique marocaine contribuerait à la recherche linguistique
Ces mêmes décideurs parlent comme s’ils étaient dans l’opposition. Ou pire, ils énoncent des phrases que l’on croit sorties de la bouche de la société civile qui critique leurs actions.
Alors que ce sont eux qui peuvent rendre les choses possibles, étant donné leurs positions et leurs pouvoirs. Ils préfèrent se contenter, dans leur communication officielle, d’énoncer des principes de bonne volonté sans travailler réellement à les appliquer. Nous pourrions alors parler d’énoncé «constatif fourbe». Une création linguistique émanant de la politique marocaine ! Ils croient leurrer leur auditoire alors que nous n’avons pas besoin de plus d’un neurone pour voir l’incohérence entre leurs discours et leurs actions. Le gap abyssal entre le «dire» et le «faire» est flagrant.

Tout ce qui est excessif est insignifiant. La culture est la solution
Coluche disait à propos du doyen de la fac de sa jeunesse : «Il nous vendait de l’intelligence, alors qu’il n’avait pas un échantillon sur lui». Cette description peut s’appliquer à plusieurs personnalités de chez nous. Il suffit de remplacer le mot «intelligence» par culture, professionnalisme, déontologie, probité, indiscipline, etc. Chacun selon ce qu’il essaie de vendre. Ce serait tellement mieux de fournir la preuve de ce qu’on avance et de gouverner par l’exemple.
Beaumarchais disait : «Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur». Nous ne pourrions pas avancer, en effet, sans presse forte, sans liberté d’expression, sans reddition des comptes, sans esprit critique et encore moins sans arrêter le presque systématique «louangisme dithyrambique» tout aussi bien que la critique excessive à hue et à dia. Car au final, tout ce qui est excessif est insignifiant. La culture est la solution.