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Archives 1956 : Le problème de l’industrialisation

Il y a 70 ans, plusieurs associations syndicales ont exposé leur point de vue au ministre du Commerce. Importations, substitution aux importations, pouvoir d’achat…, ont été quelques points soulevés.

Publié le

Le 12 janvier, Ahmed Lyazidi, ministre du Commerce et de la marine marchande, a accordé une audience à une délégation de présidents de plusieurs associations syndicales d’importateurs qui ont, à cette occasion, fait part au ministre de la création en cours d’une fédération du commerce marocaine dont ils sont les instigateurs.

Ils ont tenu, en outre, à préciser le point de vue de leurs adhérents en ce qui concerne le problème de l’industrialisation et du développement économique du Maroc.

Loin d’être opposés – comme on l’a dit trop souvent à tort – à la création au Maroc d’industries capables, suivant l’heureuse formule de Sa Majesté le Sultan, «de transformer sur place les richesses naturelles du pays et de fabriquer des produits qui peuvent être écoulés aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’étranger», les importateurs du Maroc n’ont cessé de demander que soit encouragé le développement de tous les éléments susceptibles de concourir au mieux-être d’une population au pouvoir d’achat très réduit.

C’est ce souci de rendre accessibles au plus grand nombre les produits essentiels à la vie qui leur a fait prendre position contre toute mesure tendant à provoquer une augmentation du prix des biens de consommation.

C’est pour cette même raison qu’ils considèrent que le Maroc n’a pu atteindre le stade d’évolution qu’il connaît actuellement en matière d’équipement que grâce aux facilités que lui apportait le régime de la porte ouverte, en lui permettant l’importation à des prix particulièrement avantageux.

Cette position de base n’empêche pas que les importateurs soient parfaitement conscients des nécessités imposées par l’évolution historique, autant que de l’adaptation obligatoire à ces nécessités.

Ils protestent seulement contre l’interprétation qui est faite de leur point de vue, aussi bien que la généralisation, parfois intéressée, du principe de l’aide et de la protection, étendu à des industries non viables ou sans intérêt pour la collectivité nationale.

L’industrialisation n’est ni une fin en soi ni une panacée à l’accroissement démographique. Elle doit progresser de pair avec l’amélioration des conditions d’exploitation de l’agriculture, qui occupe dans ce pays une place prépondérante et garantit en premier lieu la vie de la population.

Ils demandent avant toute chose qu’un inventaire sincère des fabrications existantes et de celles qu’il serait opportun d’envisager soit dressé. Alors seulement pourra être établie une objective discrimination entre les entreprises à caractère spéculatif et celles qui, répondant à une définition réaliste, tenant compte des conditions géographiques, des facultés d’emploi de la main d’œuvre, des débouchés et des prix de revient, représentent un véritable intérêt économique.

Ils réclament que, comme cela existe dans tous les pays à économie organisée, les circuits normaux soient respectés dans la distribution des produits fabriqués.

Ils estiment que l’aide à l’industrie marocaine devrait, dans l’état actuel des choses, se traduire, en premier lieu, par un allègement des droits frappant les matières premières à l’importation, ou des charges grevant les produits exportés, sans préjudice d’une utilisation ultérieure de la liberté tarifaire recouvrée, pour compléter les mesures propres à stimuler la production nationale ou à protéger les biens de consommation courante, nécessaires à la vie de la population.

En effet, le Maroc n’aura recouvré sa pleine indépendance que le jour où les servitudes économiques et financières résultant de l’Acte d’Algésiras et des traités commerciaux antérieurs seront levées, la liberté tarifaire représentant un important moyen régulateur de l’économie, utilisé par tous les pays modernes libres.

Répondant enfin à diverses allusions récentes concernant les marges bénéficiaires prises par les commerçants, les importateurs de produits semi-ouvrés ou manufacturés tiennent à préciser que le jeu même de la concurrence qui s’exerce dans le domaine de leur activité leur interdit de prétendre à la rémunération normale en la matière, et que le volume des fournitures qu’ils effectuent aux utilisateurs les plus importants du Maroc est la meilleure preuve que leurs conditions de vente, aussi bien que la nature de leurs stocks, présentent pour leurs acheteurs un réel intérêt.

Il est souhaitable que des rapprochements, exempts de toute idée préconçue, aient lieu entre les dirigeants des diverses branches de l’économie marocaine pour assurer à celle-ci son plein épanouissement, dans la satisfaction des besoins du marché et des consommateurs.
Le Petit Casablancais