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1994 : Industrie, pas de relance sans planification

Il y a 30 ans, la relance économique était un processus auquel l’État, les administrations et les opérateurs économiques, tous secteurs confondus, devaient prendre part.

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Les amendements apportés à la Loi de finances 1994, avant son adoption par le Parlement, ont réjoui plus d’un opérateur. Ils estiment que sur le plan fiscal, un effort considérable a été fait par rapport aux années précédentes. «Il s’agit plutôt d’un encouragement immédiat», font remarquer certains patrons de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électroniques du Maroc (Fimme).
D’autres mesures incitatives seraient prévues. Entre autres, la réduction du taux d’intérêt des crédits à moins de 12%, dans le but d’encourager la politique du crédit. Encore faut-il que la mesure soit porteuse. Parce que, depuis la mise au point du ratio Cooke dans le cadre de la politique de désencadrement du crédit, nombre d’entreprises se sont senties dans la difficulté de tré-sorerie. C’est la raison essentielle qui les incite à demander le report de l’application du ratio Cooke à une date ultérieure. Du moins, en attendant que les entreprises se restructurent financièrement. Ahmed Alami, président de la Fimme, insiste sur la nécessité de création d’un environnement économique favorable à la relance. Sans cela, cette dernière serait une véritable gageure.

On navigue à vue !
Certes, l’augmentation de 26% du budget d’équipement pour cette année a été favorablement accueillie. Son impact ne pourrait être réel que si la consommation de ce budget était initiée à temps.
À ce propos, Alami s’explique : «Il faut que tous les appels d’offres nationaux et internationaux soient lancés le plus tôt possible pour concrétiser tous les grands projets d’infrastructures qui ont jusqu’ici fait l’objet d’obstacles». Autrement dit, tous les dossiers importants mis sous le coude doivent être pris en charge. Relance économique oblige ! De plus, pour pouvoir mettre en branle tous les grands projets de travaux routiers et de constructions d’infrastructures par exemple, ils doivent impérativement s’inscrire dans une programmation à moyen et long terme. «Le Maroc ne peut gérer son économie sur la base des budgets annuels», s’indigne un observateur du milieu professionnel. Abondant dans le même sens, Alami, dépité, assure que les opérateurs économiques, du moins ceux qui font partie de son association, naviguent à vue.
Comment dans ce cas peut-on investir et avoir des plans de charge assez importants ? s’interroge-t-il encore. Quelques chiffres pour apporter un éclairage sur la situation du secteur : les entrepreneurs de la Fimme utilisent la moitié de leur capacité de pro-duction, alors qu’une population de 60.000 personnes est employée. Avec une demande intérieure en deçà du niveau requis, un pouvoir d’achat faible et une concurrence déloyale, la Fimme n’est pas prête de sortir de l’ornière. D’où l’importance de l’aide de l’État. Celle-ci pourrait se traduire par la mise en place d’une véritable politique économique et d’une planification à long terme.

Planifier d’abord !
Les investissements se font généralement en fonction de la demande. Or l’État est l’un des plus gros clients de la Fimme. De plus, les extensions et la création d’emplois ne peuvent être envisagées en l’absence d’un programme d’investissement à long terme. Parvenir à cet objectif passerait nécessairement par une planification, ne serait-ce qu’indicative, et par «la création d’un ministère de l’Économie», confient certains observateurs. C’est dans le cadre de cette planification que le programme d’investissement doit être défini et réajusté chaque année en fonction des budgets annuels de l’État.
Selon le patronat des industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, c’est seulement dans ces conditions que les ap-pels d’offres nationaux et internationaux peuvent être sérieusement programmés.
D’autant plus que les patrons marocains vont devoir affronter une concurrence plus féroce. Avec l’ouverture économique et le GATT en perspective, on revendique à cor et à cri plus de protection et d’assistance de l’État, en attendant de s’intégrer totalement dans le nouveau contexte économique. De ce point de vue, certains patrons s’inquiètent à plus d’un titre : «Si l’on persistait à confier les grands travaux aux entreprises étrangères sans faire appel à l’ingénierie marocaine, celle-ci serait condamnée à disparaître». D. Bouchra