Edito
Un taxi pour le Mondial 2030
Cette échéance nationale sert non seulement de booster de grands projets, mais oblige également les décideurs de s’attaquer à des problématiques que l’on préférait jusque-là balayer sous le tapis. L’exemple type est cette réforme de taxis qui est enclenchée.
C’est officiel ! Le Maroc est pays organisateur de la Coupe du monde en 2030, aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Il n’y avait pas vraiment de suspense quant à la décision du Congrès de la FIFA, réunie le 11 décembre. Mais cette officialisation reste une occasion pour se projeter dans l’avenir, de visualiser à quoi ressembleront nos villes.
Le temps de l’événement sportif le plus suivi de la planète, tous les projecteurs seront braqués sur les cités du Royaume, qui sont appelées à se métamorphoser. Le travail a d’ailleurs déjà démarré sur divers plans : capacité d’accueil, équipements sportifs, infrastructures sanitaires, mobilité, télécoms, services… Que de chantiers !
Cette échéance nationale sert non seulement de booster de grands projets, mais oblige également les décideurs de s’attaquer à des problématiques que l’on préférait jusque-là balayer sous le tapis. L’exemple type est cette réforme de taxis qui est enclenchée.
Les dysfonctionnements de ce système d’agrément sont connus de tous : un heureux propriétaire de «grima» perçoit une rente auprès d’un conducteur cherchant à maximiser ses courses, quitte à appliquer sa propre loi. Ainsi tourne ce système qui rend le service taxi infernal pour ses usagers.
Ces derniers recourent de plus en plus aux applications de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) qui évoluent dans une zone grise de la légalité. Une ubérisation tolérée et non réglementée qui laisse la voie ouverte à tant d’abus.
En témoignent les péripéties vécues récemment par un diplomate russe qui s’est retrouvé otage d’une rixe entre son chauffeur VTC et un taxi-driver, plus déjanté que Robert De Niro des 70’s.
Imaginez de tels incidents se reproduire durant le Mondial, avec des spectateurs venus des quatre coins du globe découvrir notre pays ? Quel service de transport serions-nous capables alors de leur offrir en juin 2030 ? Les mêmes véhicules vétustes et mal entretenus qui sillonnent aujourd’hui nos agglomérations ? Les mêmes conducteurs adeptes de tarifs forfaitaires dès qu’ils sentent le touriste ? On serait la risée du monde, alors qu’on aspire à devenir champions du monde…
Il y a des chances que le taxi classique n’existerait plus en 2030 avec cette ubérisation galopante de l’économie des services. Alors, il faudrait peut-être envisager la solution (radicale ?) de commencer dès aujourd’hui la reconversion de tous les taxis en VTC. Quoi qu’il en soit, la refonte de ce secteur devient une nécessité.
Les autorités publiques ont d’ailleurs sorti le dossier des tiroirs : la circulaire récemment émise par le ministre de l’Intérieur, appelant à une organisation plus rigoureuse et à des actions concrètes visant la modernisation du service, est le prélude d’une réforme en profondeur. Elle constitue un de ces nombreux défis à relever avant d’accueillir le monde en 2030. «Compteur à rebours» lancé…
