SUIVEZ-NOUS

Edito

Toubib or not to be… en six ans !

Un bon médecin, on le devient durant le cycle de spécialisation et avec la pratique dans l’hôpital. Du coup, plus tôt on intègre le circuit professionnel, plus on apprend vite.

Publié le


Mis à jour le

«Touche pas à ma formation !». Voilà un de ces slogans ubuesques brandis par les étudiants grévistes des facultés publiques de médecine. Ils étaient nombreux ce lundi 6 mai à se rassembler dans la capitale, préparant un cortège de protestation qui devait aller ruer dans les brancards et hurler sous les balcons de Khalid Aït Taleb et Abdellatif Miraoui… Les deux responsables gouvernementaux qui ont osé engager un protocole de réforme du cursus de formation en médecine.

Ubuesque ce slogan, car il dénote d’une volonté de faire du surplace, ce qui revient à reculer dans une ère où tout avance si vite. Les futures blouses blanches veulent continuer à apprendre à manier le stéthoscope, à la manière de leurs aînés, leurs parents et grands-parents. Peut-être qu’ils veulent que rien ne bouge pour entretenir un régime qui a favorisé la métastase des services de santé publics. Ils s’entêtent à boycotter leurs cours, à pousser vers l’année blanche…

Pourtant, leurs revendications ont été largement satisfaites ! Leur point de vue a été entendu et pris en compte. Le gouvernement a répondu à pas moins de 45 doléances sur la cinquantaine présentées par les étudiants. Sauf que les apprentis médecins ne veulent rien entendre : ils rejettent la réduction des années d’études de médecine générale de 7 à 6 ans.

Leur argumentaire selon lequel ce raccourcissement de la durée affecterait la qualité de la formation ne tient pas la route. La réduction des années de formation est selon tous les diagnostics établis un réglage vital. D’abord, il permet de rehausser la qualité pédagogique en neutralisant les défaillances d’un cursus dépassé, «pauvre en contenu et riche en temps mort», comme le qualifient plusieurs professeurs émérites.

Un bon médecin, on le devient durant le cycle de spécialisation et avec la pratique dans l’hôpital. Du coup, plus tôt on intègre le circuit professionnel, plus on apprend vite. Gagner un an de formation et commencer à empocher un salaire a de quoi réjouir tout étudiant sensé, encore plus ceux des six facultés de médecine et qui figurent sans doute parmi les bacheliers les plus brillants du Royaume. Il n’y a qu’à demander aux parents qui se saignent aux quatre veines pour payer à leurs enfants des études privées en médecine.

Le véritable rejet de cette optimisation des années d’études cache en réalité cette crainte des futurs médecins de se retrouver avec un diplôme qui ne bénéficie pas systématiquement d’une équivalence dans d’autres pays. Une attitude qui dévoile déjà le projet de vie de ces cadres de la santé, prêts à profiter d’une formation financée par les deniers publics, mais déterminés à abandonner le pays, alors que les besoins en personnel médical sont énormes. En métaphore médicale, cela peut être assimilé à une «non-assistance à population en danger». Il faut croire que le serment d’Hippocrate s’efface devant les aspirations carriéristes…