Edito
Sahara marocain et capitales européennes
Madrid, Helsinki, Lisbonne, Paris, Bruxelles, Rome, Prague, Vienne ou encore Budapest et berlin ont tous exprimé leur détermination à travailler avec l’UE et le Maroc pour préserver et continuer à développer une relation privilégiée et l’étendre à d’autres domaines.
Gommer de la main gauche ce qui a été signé de la main droite ! Ainsi peut-on décrire l’attitude de l’Union européenne. Sa justice au Luxembourg vient tout bonnement d’annuler les accords agricole et de pêche conclus entre le Maroc et la Commission européenne à Bruxelles et entrés en vigueur en 2019 après le vote des protocoles au Parlement de Strasbourg…
Ainsi, Laâyoune, Dakhla, Boujdour, El Guergarat et autres provinces du Sud n’auraient pas, aux yeux des magistrats du Vieux Continent, profité de ces accords «litigieux» qui ne confèrent pas «un avantage précis, concret, substantiel et vérifiable découlant de l’exploitation des ressources naturelles de ce territoire, et proportionnel à l’importance de cette exploitation.»
Une conclusion qui va à l’encontre des observations du dernier rapport de la Commission européenne, datant de six mois à peine. «L’accord UE-Maroc, qui étend les avantages commerciaux aux produits originaires du Sahara, semble être un facteur déterminant pour l’installation d’exploitants de grande dimension», peut-on lire dans ce document de référence qui estime à environ 12.000 le nombre d’emplois dans la région directement liés à l’exportation agricole.
Ce verdict de la CJUE n’a rien de surprenant. Il vient confirmer une sentence en première instance, prononcée déjà en 2021, statuant l’annulation de ces accords. Avant cela, en 2015, cette même Cour avait également prononcé un autre jugement qui, en déboutant à l’époque les séparatistes sahraouis et leurs soutiens, faisait le distinguo entre le Maroc et son Sahara. C’est sans doute ce qui avait incité la diplomatie marocaine à l’époque à exiger (et d’obtenir) d’élargir explicitement le champ d’application du protocole de pêche aux côtes sahariennes du Royaume. Ce protocole est d’ailleurs déjà arrivé à terme en juillet 2023 et resté en suspens.
Quant à l’accord agricole, la Cour européenne a accordé un délai de douze mois pour son annulation, «compte tenu des conséquences négatives graves sur l’action extérieure de l’Union qu’entraînerait son annulation immédiate».
Les répercussions d’une telle décision sur le Royaume restent à portée réduite, tant sur le plan économique que sur le volet diplomatique. Les exportations en provenance des provinces du Sud, selon le rapport de la Commission européenne, n’ont pas atteint le milliard de dirhams en 2022, année où les expéditions agricoles et maritimes marocaines avaient franchi la barre des 80 milliards. Les échanges avec l’Union européenne, de leur côté, ont culminé à près de 725 milliards de dirhams en 2023.
Et il n’y a qu’à voir les déclarations des responsables des instances européennes quelques heures seulement après l’annonce du verdict pour mesurer leur «attachement au partenariat stratégique» noué avec le Royaume, comme l’ont souligné la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Haut représentant de l’Union européenne, Josep Borrell, dans une déclaration conjointe. Une formule reprise en chœur dans quasiment toutes les positions officielles des capitales européennes : Madrid, Helsinki, Lisbonne, Paris, Bruxelles, Rome, Prague, Vienne ou encore Budapest et Berlin ont tous exprimé leur détermination à travailler avec l’UE et le Maroc pour préserver et continuer à développer une relation privilégiée et l’étendre à d’autres domaines.
De quoi réfréner la joie des «mécènes» du camping de Tindouf, qui n’ont pas eu le temps de savourer la réussite d’une manœuvre judiciaire, sans grande incidence. De quoi leur rappeler cette réalité devenue claire pour les capitales mondiales: «Le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu’à la fin des temps», comme l’avait dit le Souverain, le 6 novembre 2014.