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Edito

PAM : Trois dans la cabine, une au volant du tracteur

Le modèle PAM, qui ébranle la figure du Zaïm politique, risque même de faire des émules au sein d’autres formations, aux rangs dispersés dans un tiraillement de courants internes.

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Une femme, deux hommes… Ils sont trois à tenir le gouvernail du Parti authenticité et modernité (PAM). Ainsi en a décidé le 5e congrès national de la formation politique qui a amendé ses statuts pour autoriser l’instauration d’une troïka aux commandes du parti du Tracteur, mettant ainsi fin au régime de secrétariat général.

Le parti pris du cynisme a poussé certains à voir en cette composition une sorte de répartition de l’héritage du jeune parti (fondé à la veille des communales de 2009) selon des préceptes désuets de la Charia qui gagneraient à faire l’objet d’un minimum d’ijtihad. Aux mâles, le double des parts des femmes, dans la désignation du triumvirat aux commandes, aurait été une fatwa stupéfiante de la part du parti dont la raison initiant sa création avait été justement de contrer, autant que faire se peut, un raz de marée islamiste inévitable sur la scène parlementaire.

Rassurez-vous, le PAM n’a pas viré au parti islamiste. Dans cette nouvelle génération qui en prend désormais les rênes, on retrouve aussi Najwa Koukouss à la présidence du Conseil national, succédant à Fatima Ezzahra El Mansouri, promue avec Mohamed Mehdi Bensaid et Salaheddine Aboulghali dans cette nouvelle direction tripartite. La parité est donc respectée…

Cette option de gouvernance inédite est bien évidemment présentée par ses promoteurs comme innovante et novatrice sur l’échiquier politique. Ils matraquent le renouvellement du contrat avec les citoyens, la volonté de dépersonnifier les débats et l’objectif de résultat avec une efficacité de partage des tâches. Si ce modèle d’architecture a encore toutes ses preuves à faire, il semble déjà avoir réussi la prouesse de cantonner la crise interne que traverse le parti.

C’est que l’image du PAM se trouve ternie par la présumée implication de deux de ses figures de proue dans une des plus grosses affaires judiciaires, mêlant trafic de drogue et influence. Pour certains observateurs politiques, cette direction collégiale a eu le mérite d’éviter un déchirement interne en servant tous les courants qui ont été fédérés, de surcroît, autour d’un nouveau document politique bien étoffé où la formation s’engage «Pour un contrat renouvelé» avec les citoyens.

Le modèle PAM, qui ébranle la figure du Zaïm politique, risque même de faire des émules au sein d’autres formations, aux rangs dispersés dans un tiraillement de courants internes. Au Parti de l’Istiqlal par exemple – où on s’apprête à tenir finalement un congrès national, après moult reports –, l’option d’une architecture collégiale commence à faire son chemin. Mais il n’est pas certain que l’idée puisse arriver au bout, encore moins au sein de cette formation historique.

Hérétique, ce mode de gouvernance choisi par le PAM pourrait peut-être un jour accepter, voire devenir normal s’il se traduit en efficience. Mais il y a des signes qui ne trompent pas : même avec cette direction tripartite, le PAM a dû choisir un coordinateur national, en l’occurrence une coordinatrice en la personne de Fatima Ezzahra El Mansouri qui sera l’interlocutrice des institutions officielles. Un aveu en interne qu’il faut malgré tout un seul capitaine à la barre du navire. C’est d’ailleurs à l’égard de la ministre mairesse que la lettre de félicitations du Roi MohammedVI a été adressée. Rien à ajouter…