Edito
Maillot à la carte… Quand Alger se dénude !
Les «khawa» algériens savent que tout Marocain qui arbore fièrement un maillot du bled, avec ou sans carte, le fait en toute liberté et en toute conviction.
Marocains visitant l’Algérie, vigilance ! Merci de vérifier vos bagages : s’ils contiennent un sweat-shirt flanqué de la carte du Royaume, il y a de fortes chances de vous faire refouler à l’aéroport. Les douaniers algériens sont désormais dressés à renifler tout ce qui sent «L’mrarka», comme ils nous appellent, sur un ton chargé d’envie et de haine.
Les membres de l’équipe et du staff de la Renaissance Sportive de Berkane en ont fait les frais le week-end dernier, alors que le club de football devait disputer la demi-finale de la Coupe de la CAF. Ce hors-jeu flagrant d’Alger est un nouveau symptôme de la poussée de fièvre hystérique de la junte militaire au pouvoir au Palais d’El Mouradia. À chacune de ses actions, la team Tebboune-Chengriha se surpasse d’ingéniosité pour se couvrir de ridicule, pour ne pas dire se faire hara-kiri.
Après avoir fermé son espace aérien, rompu ses relations diplomatiques, bouché les vannes du gazoduc Maghreb-Europe, tenté de noyer les conteneurs transbordant par Tanger Med à destination d’Alger, tiré à balles réelles et assassiné des naufragés en jet-ski et bien entendu banni nos emblèmes nationaux de leurs médias si ce n’est pour les souiller (et c’est loin d’être exhaustif)… voilà qu’elle s’acharne en voulant arracher la carte du Royaume du torse de joueurs marocains qui portent l’intégrité territoriale chère dans leur cœur.
Certes, toute confrontation sportive recèle un soubassement politique qui transcende les villes, les contrées, les continents. C’est une composante même de la magie du sport. Et c’est valable autant pour une finale des play-offs de la NBA (entre Chicago et New York) comme pour une finale de Copa America (Brésil vs Argentine) ou même un improbable derby de curling entre la Russie et l’Ukraine.
Comme partout au monde, la rivalité sportive avec ses relents politiques a toujours été au centre des relations tumultueuses entre le Maroc et l’Algérie. Rien que sur les pelouses footballistiques, il y a une génération qui se rappelle par exemple le dramatique (1-5) subi par les Lions de l’Atlas face à l’Algérie en 1979, une autre qui se rappelle la revanche marocaine (4-0) en 2011.
Bien entendu, échos et répercussions de ce genre de matchs ont toujours été ressentis en dehors des enceintes des stades, mais jamais l’acharnement n’avait atteint un tel niveau de ridicule, avec cette décision d’interdiction d’accès pour cause de maillot. Une mesure d’ailleurs condamnée par les instances arbitrales sportives continentales qui ont décidé la défaite forfait du club algérien (0-3) et ont fixé la date du match retour.
Avec sa nouvelle trouvaille en demi-manche, Alger cherche sans doute à masquer sa crise de gouvernance interne : cette rupture de confiance entre une population entretenue et désœuvrée face à une élite qui ne cherche qu’à préserver ses privilèges et ses acquis. Brûler les ressources gazières du pays et consacrer tant d’efforts pour combattre l’intégrité territoriale d’un voisin pour jouer la tactique de l’ennemi extérieur ne dupe plus personne, encore moins les Algériens. Ils y voient sans doute les derniers soubresauts d’un régime condamné à se renouveler. Ils constatent chaque jour les prouesses diplomatiques marocaines, encaissées comme une humiliation de petit pont par Alger. Les «khawa» algériens savent que tout Marocain qui arbore fièrement un maillot du bled, avec ou sans carte, le fait en toute liberté et en toute conviction.
Ce n’est pas si comme on le forçait à se mettre dans le casque rouillé d’un caporal de l’Armée de libération qui ne s’est pas justement affranchi de ses dogmes caducs. Ils constatent que juste à côté, le Maroc joue dans la cour des grands, qu’il démontre ses capacités à décrocher l’organisation d’un Mondial inédit dans son format. Une édition centenaire qui consacre, entre autres, le bon voisinage et la tolérance, malgré toutes les différences, qui illustre le fair-play…
