Edito
Les ‘‘chleuhs’’, les femmes et les ignorants
La société marocaine n’a cessé de changer ces dix dernières années et les changements devraient aller encore plus vite la prochaine décennie.
Deux statistiques fraîchement sorties du four du Haut-commissariat au plan (HCP) – où est torréfiée la big data du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2024 – sont assez éloquentes pour balayer certains préjugés. Et surtout justifier des choix stratégiques du Royaume que certains estiment inutiles.
Un premier chiffre concerne la langue amazighe : un Marocain sur quatre l’utilise au quotidien. Certes, l’usage reste concentré dans les zones où tachlhit, tamazight, tarifit ou encore hassania sont une langue maternelle. La graphie tifinagh n’étant maîtrisée que par une petite proportion de la population (1,5%). Il n’en demeure pas moins que l’amazighité fait partie de notre quotidien, bien au-delà de sa présence dans notre culture tout comme dans notre ADN.
De quoi amplement légitimer le choix éclairé du Souverain de redonner à l’amazigh toute sa considération jusqu’à la hisser en langue officielle du Royaume dans la Constitution de 2011. Ces dernières années, le gouvernement a d’ailleurs tout mis en œuvre pour promouvoir l’usage de cette langue à travers notamment une enveloppe budgétaire dédiée.
Une seconde statistique se rapporte à la proportion des ménages marocains dirigés par des femmes : près de 20% des 9,27 millions recensées par le RGPH 2024. Il s’agit d’une augmentation de 3 points de base par rapport à 2014, mais en nombre, cela se chiffre à 320.000 ménages additionnels.
Ainsi, sur les dix dernières années, environ 100 nouvelles cheffes de foyer se sont émancipées chaque jour. Cela en dit long sur les évolutions significatives de la dynamique familiale, mais surtout des rôles sociaux et économiques des femmes. Et dire qu’il reste encore une frange de la société marocaine embourbée dans des valeurs rétrogrades d’un ordre patriarcal qui renvoie la femme à un statut subalterne ou qui réduit sa valeur à des concepts vaseux.
Virginité, tutelle des enfants, héritage, mariage des mineures…, donnent souvent lieu à des imbroglios administratifs ou judiciaires absurdes qu’il va falloir dépasser. Là encore, le Roi Mohammed VI a relancé une réforme de la Moudawana qui avait fort besoin d’une révision. Des déséquilibres perdurent et des chantiers restent ouverts pour consolider l’égalité homme-femme, consacrée par l’article 19 de la Loi fondamentale.
Il est ainsi réjouissant de voir le Royaume évoluer sereinement en matière identitaire tout en cumulant des progrès en matière de lutte contre les discriminations. Le stéréotype du Marocain qui méprise ou qui renie une partie de sa culture devrait disparaître. Idem pour le macho qui voit la femme comme un être fragile, incapable ou inférieur.
La société marocaine n’a cessé de changer ces dix dernières années et les changements devraient aller encore plus vite la prochaine décennie. Surtout si l’analphabétisme continue de reculer. Pour l’heure, il reste à un niveau désolant : 24,8% de Marocains ne savent ni lire ni écrire… et ce ne sont pas forcément les plus ignorants…
