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Edito

Le syndrome du fonctionnaire

L’administration constitue sans doute un maillon stratégique dans la chaîne de création de valeur et de répartition de richesses.

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Certains sont aigris, d’autres affables ; certains sont sous-exploités, d’autres surexploités ; certains sont payés pour ne rien faire, d’autres méritent mieux qu’un numéro de DOTI ; certains sont corrompus, d’autres intègres… Mais surtout, certains sont conscients du service public qu’ils accomplissent et les implications de leur choix de carrière, alors que d’autres y voient une opportunité pour vivre comme un parasite accroché aux poils de l’État, à l’abri de toute reddition des comptes en fonction d’indicateurs de performance… Ainsi va la vie des fonctionnaires, hauts comme petits… Il suffit de faire un «tour de légalisation» dans la plus proche des mouqata3at pour retrouver tous ces types de profils !

Et pourtant, la Mouqata3a n’est que la partie visible de cet iceberg appelé administration. Le mammouth est démesuré, son dégraissage est un vœu pieux depuis des lustres. Nous en sommes à 15 fonctionnaires pour 1.000 habitants et on réduit comme on peut : il y a dix ans, le taux d’administration (fonctionnaires par rapport à la population) était de 1,7%. Dans d’autres pays, à économie comparable ou encore plus développée, ce ratio est quatre fois supérieur.

La problématique de la fonction publique au Maroc, c’est qu’elle est loin d’être pléthorique, mais reste onéreuse. Un constat relevé dans les colonnes de ce même journal depuis des années. La croissance de la masse salariale de l’État est plus régulière que le taux de croissance du PIB. Elle a été de 3,4% sur la dernière décennie pour culminer à 155 milliards en 2023. Cela représente 10,7% du PIB, soit les mêmes proportions que dans des pays qui comptent plus de fonctionnaires. Pourtant, avec le salaire moyen dans la fonction publique, on ne mène pas large : 8.561 dirhams, à peine de quoi organiser un dîner d’affaires express pour le patron d’un grand office…

Rationaliser la masse salariale publique implique de nombreux défis, mais le fait est que le Maroc a encore besoin de fonctionnaires. D’où cet effort permanent du gouvernement de créer des postes budgétaires, classant le secteur public parmi les plus gros employeurs du pays. Le profiling gagnerait à être différent. Les fonctionnaires sur lesquels doit compter notre administration du futur détonnent avec la description de postes des «planques» d’antan. En face, la fonction publique mérite d’être valorisée, le service rendu au citoyen est à améliorer… La prospérité de tout pays dépend de l’adhésion de toutes ses composantes à un projet de modernisation et de développement. L’administration constitue sans doute un maillon stratégique dans la chaîne de création de valeur et de répartition de richesse, selon le principe d’équité. Un fonctionnaire ne doit pas se sentir lésé en apposant sa signature sur un document relatif à un investissement qu’il cumulera en trois vies de salaires. Il doit plutôt se réjouir de contribuer à booster la création d’emplois et de valeur ajoutée, de hisser le Royaume (qui souffre déjà suffisamment d’agressions étrangères) parmi les puissances régionales.

En finir à jamais avec ce syndrome du fonctionnaire qui a un poil dans la main (ou un trou dans la poche), en redonnant au service public ses lettres de noblesse et en optimisant les dépenses nécessaires aux pouvoirs régaliens de l’État, est à la fois un gisement d’économie et de ressources pour le budget. Le challenge est énorme et la réforme de l’administration, en cours, adossée à la transformation digitale, est une bonne piste d’amélioration. C’est qu’à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, la digitalisation constitue un levier de régénération d’une action publique efficace et efficiente. N’en déplaise à des centrales vieillissantes (et peu représentatives) qui privilégient leur propre agenda politique à l’intérêt commun. Le mindset finira par changer…