Edito
État actionnaire : Majoritaire ou providentiel ?
Au-delà de l’ingénierie financière de haute volée nécessaire pour valoriser au mieux le patrimoine public et rendre des comptes agrégés à l’État actionnaire, c’est avec l’instauration de la culture de la performance que ce portefeuille bien garni gagnera en efficience.
ANGSPE ! Le sigle est aussi complexe que la mission qui incombe à cette structure. L’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État a pour charge de veiller sur le portefeuille public. Voilà presque quatre ans que le Souverain a amorcé sa création dans son discours du Trône puis à l’ouverture du Parlement, dans le cadre de la réforme des Établissements et entreprises publics (EEP).
Les orientations royales avaient alors pointé la nécessité de corriger les dysfonctionnements de ces entités, mais aussi insisté sur l’amélioration de leur efficacité et leur efficience. Et voilà deux ans qu’un directeur général avait été nommé et que les textes législatifs fondamentaux ont été promulgués pour l’ANGSPE. Un travail colossal a été abattu ces dernières années de manière à préparer le terrain à cette réforme de longue haleine.
Mais c’est une étape décisive qui vient d’être franchie lors du dernier Conseil des ministres avec l’adoption des orientations stratégiques de la politique actionnariale de l’État (voir p. 6). «Un tournant stratégique», comme le qualifie Abdellatif Zaghnoun, directeur général de l’ANGSPE. Car il s’agit d’un préalable pour décliner justement cette politique actionnariale de l’État (PAE) qui sera adoptée par le Conseil d’administration de l’Agence et entérinée par un Conseil de gouvernement après avoir passé par une instance consultative présidée par le Chef du gouvernement. Un processus qui devrait être achevé d’ici septembre prochain pour assister effectivement au déploiement de cette nouvelle politique actionnariale de l’État.
La déclinaison de cette feuille de route devrait se traduire par une véritable restructuration du portefeuille public. Dans les cinq domaines d’intervention de l’ANGSPE, des fusions comme des cessions vont devoir être opérées parmi les 57 EEP marchands relevant de sa compétence ou encore parmi les 320 entités figurant dans le périmètre de consolidation de l’État actionnaire. Des arbitrages vont devoir être opérés, des synergies devront être libérées et une mise à plat de la gouvernance s’imposera dans de nombreux cas.
Mais bien au-delà de l’ingénierie financière de haute volée nécessaire pour valoriser au mieux le patrimoine public et rendre des comptes agrégés à l’État actionnaire, c’est avec l’instauration de la culture de la performance que ce portefeuille bien garni gagnera en efficience. Dans nombre d’établissements, pour ne pas dire la majorité, des dysfonctionnements structurels sont visibles à l’œil nu. Nul besoin de due diligence pour déceler le sureffectif, le manque de motivation et de méritocratie qui règne dans plusieurs entreprises publiques qui s’enfoncent dans une spirale destructrice. C’est un secret de polichinelle que de grandes entreprises d’État avaient servi pendant des décennies comme refuge aux fils de hauts dignitaires pour y occuper de hautes fonctions avec de gros salaires et exemption de reddition de comptes en prime.
Longtemps, l’État actionnaire se contentait de peu. Il agissait comme un mécène supportant les dépassements budgétaires et volant au secours des brebis galeuses. Mais avec cette réforme qui se construit brique par brique, il faut croire que c’est la fin de l’État actionnaire… providentiel bien qu’il soit majoritaire.
