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Edito

Esprits corrompus et probité intellectuelle

Depuis sa nomination, il y a plus de six ans, le président de l’INPPLC Bachir Rachdi se contente d’observer le «surplace» que réalise le Royaume en matière de lutte contre la corruption.

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Ce qui était présenté comme une rencontre de grande envergure a finalement tourné au réquisitoire contre un secteur privé déjà stigmatisé. Le réseau MENA–OCDE pour l’intégrité des affaires (MOBIN) a délocalisé son colloque au Maroc, sur invitation de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC). Les propos du président Mohamed Bachir Rachdi, comme ceux de son homologue française et d’un directeur adjoint de l’OCDE, ont visiblement mal passé auprès d’un auditoire composé de hauts dirigeants d’entreprises marocaines et internationales.

La vice-présidente de la Commission éthique et gouvernance de la CGEM s’est même insurgée contre la tournure des débats, axés essentiellement sur la corruption dans le secteur privé, alors que le secteur public a été épargné par les interventions critiques des speakers. Ces derniers ont beau essayer de se rattraper en rappelant que le phénomène est global et qu’il nécessite une lutte tout aussi globale, c’était déjà trop tard : l’amertume du sujet orienté s’est installée en arrière-goût, tout au long de l’événement.

Ce fiasco de ce qui était censé être une magistrale opération de com’ illustre et renforce ce sentiment chez les opérateurs privés qu’ils sont visés par une instance qui est censée les protéger. Les investisseurs n’ont pas besoin de se faire rappeler que ce fléau insidieux qu’est la corruption déstabilise les fondements de la société à coup de colloques aux thématiques chouchoutées par des fqihs improvisés en spin doctors mal inspirés qui voient le mal partout dans le milieu des affaires.

Pourtant, les entrepreneurs ne sont pas dupes. Ils n’ont pas besoin de dessin pour constater les effets dévastateurs des malversations financières, qu’il s’agisse de la petite corruption quotidienne ou de pots-de-vin à grande échelle. Ils sont conscients que combattre la corruption exige une vigilance constante, des institutions robustes et une culture de responsabilité pour préserver l’intégrité et la justice sociale.
Des institutions robustes, l’INPPLC aurait pu en être justement, sachant qu’elle compte 17 ans au compteur (son ancêtre ICPC fut créé sous Driss Jettou), et devenir une institution constitutionnelle (depuis 2012). Depuis sa nomination, il y a plus de six ans, son président Bachir Rachdi se contente d’observer le «surplace» que réalise le Royaume en matière de lutte contre la corruption. Sa lettre de probité annuelle semble se résumer à un rapport relais de l’indice mondial de perception réalisé par Transparency, dont il a été de longues années le secrétaire général au Maroc.
Même avec sa nouvelle loi organique promulguée en 2021, l’Instance n’arrive pas à se montrer plus dynamique si ce n’est à travers des rapports ponctuels sur des sujets vaseux. Leurs contenus sont parfois tellement orientés que l’on peut légitimement se demander s’ils ne sont pas dictés par des motivations personnelles ou les relents d’une revanche personnelle. C’est que le président Rachdi n’est pas à l’abri d’avoir parmi ses conseillers des personnes à la probité intellectuelle douteuse…

En tout cas, le président de l’INPPLC a profité de son colloque pour faire une «grande annonce» : dans les prochaines semaines sera présentée une étude sur les orientations stratégiques de l’État en matière de lutte contre la corruption. Pourvu qu’elle soit objective et qu’elle apporte une véritable valeur ajoutée…