Edito
École publique : Révolution des classes
Même avec un passage de relais entre ministres, la continuité reste de mise avec la généralisation progressive de ces écoles pionnières. Mais aussi son élargissement aux collèges.
C’est une grande révolution qui s’opère doucement mais sûrement au Royaume… Une révolution dans les classes de cours de cette école publique, pestiférée depuis près de quatre décennies et responsable en bonne partie de la problématique de ces 25% des jeunes Marocains qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, les «Neet» comme on les appelle.
Les futurs «Teen» marocains auront, en revanche, une meilleure chance avec cette réforme de l’école publique ou, du moins, ils seront mieux outillés pour changer leur propre destin et leur classe socioprofessionnelle.
Ce bouton (d’appel) de l’ascenseur social – qui se matérialise par un enseignement élémentaire adapté et de qualité – s’est remis à fonctionner dans quelque 2.600 établissements du primaire au Maroc, abritant à peu près 1,3 million d’élèves. Dans ces écoles pionnières, le gouvernement a introduit une nouvelle stratégie d’apprentissage, de manière à ce que les élèves puissent apprendre, réfléchir, devenir autonomes et réussir.
Une réelle transformation des pratiques pédagogiques a été introduite dans ce modèle d’écoles. 45.000 enseignants ont été jusque-là formés et bénéficient d’un accompagnement de proximité de la part des inspecteurs des Académies régionales. Dans leurs salles de cours, les «mou3alims» disposent d’outils d’enseignement structurés.
Exit les deux bouts de craie et la brosse abritant une espèce protégée d’acariens, désormais des leçons numériques préconçues, projetées en vidéoprojecteurs, sont administrées dans les classes. Les programmes et les manuels ont été également revus pour favoriser une approche reposant sur des explications claires, des démonstrations et une pratique guidée, encourageant l’engagement actif des élèves.
Des outils de remédiation ont été par ailleurs introduits pour combler les lacunes des élèves en compétences fondamentales, grâce à des activités ludiques adaptées à leur niveau réel, prévues par la méthode Teaching at the Right Level (TaRL).
Cette politique éducative adoptée durant l’année scolaire 2023-2024 a donné des résultats probants. La mesure d’impact réalisée par le centre de recherche international J-PAL (affilié au MIT, hébergé au Maroc par l’UM6P) est sans appel.
Les 10.000 élèves évalués entre le début et la fin de l’année scolaire dans les 140 écoles pionnières maîtrisent nettement mieux les maths et les langues que la partie équivalente de l’échantillon (même nombre d’élèves tirés au hasard dans le même nombre d’écoles ‘ordinaires’).
Mieux encore, l’impact moyen calculé par cette étude indépendante est de 0,9 d’écart type, un seuil «plus important que tout impact estimé dans le cadre d’autres évaluations internationales de programmes gouvernementaux de réforme éducative».
Ces résultats réconfortent le gouvernement dans son approche holistique de réforme de l’Éducation nationale qui a aussi donné la part belle à la reconsidération du statut (désormais unifié) du personnel de ce département. Même avec un passage de relais entre ministres, la continuité reste de mise avec la généralisation progressive de ces écoles pionnières.
Mais aussi son élargissement aux collèges : plus de 230 collèges ont obtenu ce label lors de la dernière rentrée. Un autre niveau de cette initiative qui couvre un collégien sur 10 pour sa première année et mobilise 6.600 enseignants et inspecteurs pédagogiques. Là aussi, les résultats seront probants. La voie de la réussite est toute tracée…