SUIVEZ-NOUS

Edito

Du stress hydrique à la tension hydrologique

Les intempéries qui frappent le Maroc ne sont pas uniquement une fatalité climatique. Elles sont aussi le révélateur de choix passés, parfois mal anticipés, et d’un présent qui exige des décisions courageuses.

Publié le


Mis à jour le

Il y a un an, le taux de remplissage des barrages dépassait à peine les 27%, laissant dire aux spécialistes que ces infrastructures ne retenaient quasiment plus que de la vase.

En cette fin janvier, cet indicateur critique dépassait les 61%, obligeant les responsables de l’hydraulique à ouvrir les vannes de certains barrages. C’est qu’il pleut des trombes au Maroc depuis des semaines, avec un niveau de pluviométrie jamais vu dans certaines régions (150 mm annoncés à Tétouan et Chefchaouen).

Cet épisode d’intempéries et inondations rappelle, avec une brutalité renouvelée, une vérité que l’on se refuse encore trop souvent à affronter : le dérèglement climatique n’est plus une menace abstraite, mais une réalité quotidienne aux conséquences humaines, économiques et territoriales bien concrètes.

En quelques heures, des pluies diluviennes peuvent transformer des oueds asséchés en torrents meurtriers, piégeant des populations entières dans des zones parfois mal préparées à absorber de tels chocs.

Routes emportées, habitations submergées, terres agricoles ravagées, vies bouleversées…, le tableau est devenu tristement familier, et pourtant, chaque épisode semble nous surprendre comme s’il était le premier.

Trop souvent, les inondations révèlent des failles structurelles: urbanisation anarchique dans des zones inondables, réseaux d’évacuation des eaux pluviales sous-dimensionnés, absence d’entretien des oueds et des canaux, ou encore méconnaissance des risques par les populations locales. Autant de facteurs humains qui transforment un phénomène naturel en catastrophe évitable.

Le Maroc, pays aux contrastes climatiques marqués, a toujours vécu au rythme des aléas naturels. Sécheresses prolongées, crues soudaines, épisodes orageux violents font partie de son histoire environnementale. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est la fréquence, l’intensité et l’imprévisibilité de ces phénomènes.

Les autorités marocaines, conscientes de l’ampleur du défi, ont engagé ces dernières années plusieurs mesures visant à limiter l’impact des catastrophes naturelles.

La mise en place de systèmes d’alerte météorologique plus performants, le renforcement des capacités de la Protection civile, ainsi que la mobilisation rapide des Forces Armées Royales lors des situations d’urgence constituent des avancées notables. On le constate en ce début d’année où le plan d’urgence a permis d’évacuer quelque 100.000 habitants du Gharb…

Les intempéries qui frappent le Maroc ne sont pas uniquement une fatalité climatique. Elles sont aussi le révélateur de choix passés, parfois mal anticipés, et d’un présent qui exige des décisions courageuses.

Les moyens financiers et techniques existent, mais ils doivent être accompagnés d’une gouvernance cohérente, d’une coordination entre les différents acteurs et d’un suivi rigoureux des projets engagés.

À l’heure où le pays ambitionne un développement durable et inclusif, la gestion des risques climatiques doit devenir une priorité stratégique. Il ne s’agit pas seulement de reconstruire après chaque catastrophe, mais de bâtir un Maroc capable de résister, d’anticiper et de protéger ses citoyens.

Les intempéries passeront, comme elles l’ont toujours fait. La question demeure : serions-nous, la prochaine fois, mieux préparés qu’hier ?