Edito
Aller de l’avant ou battre en retraite?
Des dinosaures syndicaux trouvent l’allongement de l’âge de retraite ingrat. Facile quand on n’a jamais vraiment travaillé…
Les retraites ! Voilà un sujet qui fait battre en retraite tout politicien avisé soucieux de sa carrière, et dont l’objectif est de se cramponner à son mandat.
Le sujet est technique, glissant, déstabilisant d’un point de vue financier… C’est un dossier épineux, une poudrière, une bombe à retardement dans une sémantique sociétale.
Un chantier que l’on fait avancer généralement à reculons.
Il n’y a qu’à étudier la récente copie de l’élève de Brigitte Macron. Sa cité des lumières était à feu et à sang, mais Emmanuel a fait le forcing sur la réforme des retraites.
Le président n’a plus rien à perdre : le plafond de verre de la Ve République, il s’est cogné la tête dessus plus souvent qu’à son tour. Une nécessité, car sans le prolongement de l’âge de retraite, ce sont les fonds de l’Hexagone qui n’auraient plus tourné rond.
Au Maroc, la situation est tout aussi alarmante. Le rapport de la Cour des comptes présenté cette semaine au Parlement rappelle la cruauté des chiffres.
Certaines caisses de retraites encourent un véritable risque de viabilité à court terme et d’autres souffriront bientôt avec l’élargissement de l’assiette des bénéficiaires, doublée des effets de l’évolution démographique.
Incontournable, cette réforme est un passage obligé. «Nous chercherons la solution la moins douloureuse», avait d’ailleurs annoncé la ministre des Finances en début d’année.
Nadia Fettah avait même enclenché le processus de concertation dès le mois de février pour présenter aux syndicats les conclusions d’une étude lancée pour défricher le terrain.
Les centrales avaient alors dégainé leurs armes et lancé leurs pistoléros médiatiques pour fustiger une des pistes de réforme consistant à relever l’âge de la retraite. Des dinosaures syndicaux qui continuent d’exercer la profession de harangueur de travailleurs alors qu’ils ont dépassé les 65 printemps trouvent cette formule d’allongement de l’âge de retraite ingrate et injuste vis-à-vis des forces ouvrières. Facile quand on n’a jamais travaillé si ce n’est à négocier au nom des autres…
La technicité, les mathématiques, les projections financières… ces refuzniks n’en ont cure. A l’effort de consultation et d’explication de l’Exécutif, ils répondent par leur manque de technicité assumé. L’impasse !
C’est ainsi que l’on a vu Nadia Fettah freiner des quatre fers, quand le taux de base de l’inflation a commencé à faire des siennes, quand Ramadan et sa surconsommation ont pointé leur hilal, quand les tambours du 1er Mai post-Covid ont commencé à résonner.
Maintenant que la serba avec sa poussière est retombée, il est temps de se jeter de nouveau dans l’arène et prendre le dossier par les cornes.
Le relèvement de l’âge de retraite n’est pas un luxe : c’est juste un paramètre incontournable dans la réussite de toute réforme beaucoup plus poussée pour sauver les pensions de nos seniors. Une pension dont Nadia Fettah n’aura jamais besoin. Pourtant, elle veut bien prendre des coups pour assurer celle de millions de Marocains qui n’ont pas eu le même succès. Alors au moins relevons le niveau, parlons de fond… de fonds de retraite.
PS : Cet éditorial est dédié à ma collègue Aziza Belouas, une plume reconnue qui a noirci bien des pages de cet hebdomadaire depuis 1992 quand elle l’a intégré. Aziza prend sa retraite en ce mois de Mai mais continuera de collaborer, à nos côtés, pour vous servir chaque semaine un journal de qualité. Les colonnes de La Vie éco ont toujours été sa seconde maison et ce n’est pas sa retraite qui risque de fissurer ce fondement.
