Chronique
Une semaine décisive
À défaut de remonter dans un passé lointain, qu’avons-nous à apprendre d’une semaine pleine d’enseignements ? Que le temps de la réponse autoritaire est à remplacer par le dialogue et le respect mutuel.
Les réflexes sont tenaces. Surtout ceux dont nous ne nous rendons pas compte, à force de répéter les mêmes comportements. En voyant les autres adopter facilement la même attitude, nous finissons par croire qu’il n’y a pas d’autre façon de penser ou de se comporter.
Einstein disait que «c’est de la folie de penser qu’en faisant tout le temps la même chose, vous pouvez obtenir des résultats différents».
Une folie s’est installée en place de l’intelligence qui nous aurait définitivement abandonnés, lasse de nous voir refuser d’apprendre des leçons du passé en répétant les mêmes erreurs, indéfiniment.
Réparer le cycle de gouvernance
Et pourtant, le cycle de la gouvernance est immuablement limpide: diagnostic-action-évaluation-(re)action-(re)évaluation… Auquel il faut rajouter, dans la phase du bilan, la reddition des comptes quand il s’agit d’argent et de services publics. C’est ainsi. Le reste n’est que littérature, communication ou propagande.
La première réaction fut l’autorité, pour rappeler qui est détenteur de la force, légitime ou pas. L’on a oublié que l’époque et les générations ont changé et que ce mode opératoire ne marche plus avec des jeunes qui n’ont pas connu la peur des années de plomb que leurs parents et grands-parents ont vécue.
La jeunesse essaie aujourd’hui, pacifiquement, de se trouver une place dans une société dont les valeurs proclamées et les actes quotidiens sont contradictoires, entre oralité et pratique, discours et actes, promesses et bilan, et entre ce qui se fait concrètement à l’intérieur et ce qu’on veut montrer à l’extérieur.
Un enfant comprend cela. Même un chien ne peut pas être dressé si on lui donne des ordres contradictoires. Il se perd, ne comprend plus ce qu’on attend de lui et finit par faire ce qu’il veut, ou peut.
Une autorité à réorienter contre l’impunité
Là aussi, la Culture est la solution. La culture de l’autorité ne répare rien, elle ne fait que mal. L’autorité n’est pas le problème, le sens de la démarche de la jeunesse est justement celui de réorienter cette autorité vers ceux qui ne font pas ce pour quoi ils sont payés par l’argent public, vers ceux qui amassent des fortunes sur le dos du service public.
Les jeunes savent déchiffrer et observent que nous payons des impôts, directs et indirects, sans voir clairement la contrepartie dans les services publics.
Je ne pense pas que les jeunes soient contre l’autorité, quand elle a du sens. Ils sont aussi convaincus qu’elle est nécessaire pour combattre la corruption, imposer la reddition des comptes et lutter contre l’impunité.
Les jeunes revendiquent un contrat social entre les décideurs et toute la population. Ils refusent de cantonner leur action à leur seule génération. Ils manifestent pour eux-mêmes, leurs familles, leurs communautés et le peuple marocain.
La Culture est la solution, car il faut changer le paradigme actuel de la gouvernance. Il n’est plus question de paternalisme, encore moins de «prédication et guidance» ou d’«enjoindre le bien et proscrire le mal», mais de contrat social.
En somme, les jeunes proclament leur statut de citoyen. Ils ne sont pas convaincus que les élections soient un véritable moment d’évaluation démocratique, avec des partis qui renouvellent les mandats des mêmes et rejettent ceux qui prônent un autre mode opératoire plus sain, les qualifiant, selon les périodes, de radicaux ou de nihilistes.
Il faudrait traiter avec les jeunes et débattre avec eux en tant qu’adultes en tout, pas juste en matière pénale. En gardant les mêmes recettes et les mêmes ingrédients, il ne faudrait pas s’étonner que la revendication attire les «profiteurs de guerre» qui savent exploiter des moments d’incertitude pour rajouter du chaos.
À nous tous de les identifier et de ne pas les laisser polluer l’action. «Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes», disait Bossuet.
La Culture est la solution.
