Chronique
Une médiocrité tenace ?
Bien sûr que nous savons, à présent, organiser de grands festivals. Et ils sont de plus en plus nombreux. Nous sommes capables, techniquement, d’organiser des équivalents de Woodstock, de Hellfest et du Festival de Cannes. Pourvu que ça dure…
Nous maîtrisons l’installation de grandes scènes, comparables à celles que nous voyons dans les grands pays qui ont une tradition de grands festivals.
Nous avons montré au monde que le Maroc est capable de gérer techniquement de grandes manifestations, accueillant de très grandes stars, avec beaucoup de monde. Et tout se passe à peu près bien, donnant du Maroc une image de modernité, d’ouverture et de cosmopolitisme.
Des erreurs du passé qui reviennent en force
Mais petit à petit, les erreurs du passé reviennent en force. Peut-être que nous aurions évolué un peu trop subitement ? Que nous serions arrivés à des résultats grandioses sans fondements structurels ? Sans former assez de techniciens, d’administrateurs, de programmateurs, de médiateurs…
Et que tout cela nous est apparu tellement facile que nous y ayons cru. Mais avec le temps, la nature reprend ses droits et le naturel revient au galop. Et là, nous nous sommes remis à répéter les mêmes erreurs du passé.
Mawazine de cette année donne le résumé de ce qu’il ne faudrait plus faire. La succession et la répétition des erreurs commencent à éclabousser ce qui aurait pu être une réussite. Shirine, la star égyptienne qui ne voulait pas monter sur scène avant d’être certaine d’être payée.
Nous en sommes là. Et quand elle est montée sur scène, avec plus d’une heure de retard, c’était pour chanter en playback. Kadem Saher est apparu contrarié sur scène.
La soirée qui devait être un moment phare du festival accueillant l’un des plus grands artistes arabes vivants, s’est transformée en fiasco avec un décor frisant le ridicule, une piètre sonorisation entre grésillements et mauvais réglages, pas de climatisation, des ventilateurs portables de fortune, des chaises disposées à la va-vite dans les allées, des bousculades, des files désordonnées… et tout à l’avenant.
Le concert de Saber Rebaï, l’autre star tunisienne de la chanson arabe, a été victime d’une communication tardive autour de sa participation au festival.
Le site Hespress rapporte que «le président de l’association Maroc Cultures, Abdeslam Ahizoune, aurait donné instruction aux responsables de la salle d’ouvrir les portes aux passants, permettant à ces derniers d’assister gratuitement au concert.
Une mesure d’urgence, prise sur le vif, pour éviter le malaise d’un concert joué devant une salle clairsemée». Il fallait que le président intervienne en urgence pour éviter une autre hchouma au festival.
Un scandale inutile de droits d’auteurs
Et le bouquet final qui vire au scandale médiatique et juridique et qui dénote un effarant manque de professionnalisme est celui de l’affaire du concert holographique d’Abdelhalim Hafez.
Initialement prévu avec la société détentrice des droits à l’image du chanteur, la société se retire de la programmation devant ce qu’elle qualifie de désorganisation flagrante.
Le festival fait quand même le concert sans respecter les droits de la famille d’Abdelhalim Hafez. «Ils ont transformé Abdelhalim en caricature. Il ressemblait à un clown en costume jaune», a dénoncé Mohamed Chabana, membre de la famille du chanteur.
La société finit par annoncer qu’elle engagera des poursuites contre Maroc Cultures et toutes les personnes impliquées dans le transfert illégal du projet. Et les ayants droit d’Abdelhalim Hafez qui réclament un million de dollars d’indemnisation pour atteinte à ses droits posthumes.
Les critiques de cette édition 2025 de Mawazine fusent. Entre mauvaise répartition des concerts, marginalisation des artistes et de certains styles musicaux marocains, mauvaise organisation…, bien sûr les critiques ne seraient pas toutes fondées, il y a à boire et à manger.
Mais ce qu’il faudrait retenir, c’est qu’il ne faut plus croire qu’un moment de honte est vite passé et que l’image du festival reste intacte, une fois fini. Il y a des choses qui risquent de coller au nom du festival.
Et que la réputation d’un festival est aussi importante pour la continuité de sa programmation, notamment internationale. Un des critères du professionnalisme réside dans sa durabilité. La Culture est la solution.
