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Chronique

Une éducation aux crises

La crise de la réforme de l’Éducation nationale est peut-être le miroir d’une société, la nôtre, qui peine à se réformer, à s’adapter à la marche du monde et à sa propre évolution sociale et économique. Éduquer les générations futures à affronter le monde qui les attend est la meilleure façon de préparer l’avenir du pays. Pour ce faire, une réforme est plus que nécessaire, mais laquelle ?

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Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Chaque nouveau ministre de l’Éducation nationale est venu avec sa théorie du changement en essayant d’imposer sa propre réforme. Rien n’y fait. La résistance au changement est intrinsèque, presque «génétique». Et ce n’est même pas une question d’argent. Un «pognon de dingue» a été, jusque-là, dépensé pour sauver notre système d’Éducation nationale. Sans résultats et sans reddition des comptes, le tout avec une presque totale impunité.

Une éducation qui se renouvelle
Les défis sont, pourtant, colossaux. Pour utiliser un mot savant et galvaudé, il s’agit d’un changement de plusieurs paradigmes auquel nous avons encore du mal à nous adapter. Après un douloureux passage d’une tradition orale à une «culture» de l’écrit, du moins dans l’administration, notre société a dû monter dans le train d’internet après un passage par la télévision, la radio et le cinéma.
Toutes ces transformations ont été faites presque sans transition et toujours sans la préparation des jeunes, à travers l’école publique, aux changements à venir.
Je précise que je parle de l’école publique, car même s’il faut rappeler que l’enseignement au Maroc est au moins à trois vitesses (public, privé et missions étrangères), la réforme concerne surtout le système qui en a le plus besoin en termes de qualité d’éducation : le service public. Car les élèves des deux autres systèmes sont mieux lotis parce que leurs parents peuvent payer pour leur éducation. Ça faisait une inégalité entre l’éducation des pauvres et celle des riches et une impréparation de la majorité des jeunes aux mutations de plus en plus rapides.

Blocages au niveau de tous les étages
Alors que le ministre de l’Éducation nationale propose, les syndicats bloquent, les enseignants font grève, le chef du gouvernement arbitre, les élèves trinquent…
L’intention du ministre est louable, il veut rendre le métier d’enseignant plus attractif, du moins lui rendre le respect qu’il a perdu depuis belle lurette.
En portant l’âge limite du passage du concours de l’enseignement à moins de 30 ans, le ministre veut recruter des jeunes qui auraient plus de niaque que leurs aînés. Résultat, la moyenne d’âge des enseignants recrutés après 2021 est descendue à 24 ans. Et il y a besoin de milliers de jeunes enseignants pour réussir une réforme.

Un service public privé d’évaluations
Sauf que le ministre pousse vers une obligation de résultats, toute logique mais qui ne plaît pas aux fonctionnaires. Qui bloquent la réforme. Une fonction publique régie par davantage de reddition des comptes qui mettrait en face-à-face les moyens mis à disposition et le niveau des élèves. Un changement, voire une mutation, qui ne peut que faire mal au début en bousculant des habitudes installées depuis longtemps. Car, au final, il s’agit d’argent public déployé dans l’investissement dans un capital humain indispensable au développement, y compris économique.
Les résultats ne sont toujours pas là, les tests internationaux l’attestent encore. Le programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) classe le Maroc 75e sur 79 pays en compréhension de l’écrit et 77e sur 79 en mathématiques. Le problème c’est que le ministre ne sera peut-être plus là pour évaluer sa réforme, et le ministère de l’Éducation nationale ne brille pas par la continuité stratégique entre les anciens et les nouveaux ministres de l’Éducation nationale. D’où le désenchantement permanent.
Plus qu’une question d’argent, l’Éducation nationale souffre d’un manque de «Niya» et d’orgueil bien placé pour avoir une jeunesse dont le Maroc peut être fier à l’avenir.
La Culture est la solution.