Chronique
Un peuple paradoxal ? Plutôt… orchestral !
Nous avons le privilège d’être une nation plurielle, multiple et, en un mot, orchestrale. C’est cet acquis sociohistorique qui fait défaut à un nombre considérable de pays…
Partout dans le monde, chaque peuple se présente à ses contemporains avec un signe distinctif le différenciant d’autres peuples. Le Français est dit râleur, l’Algérien colérique et écorché vif, le Britannique flegmatique, l’Américain expéditif à la façon cowboy, etc.
Mais le peuple marocain, lui, semble échapper à cette règle de catégorisation tant il est multiple et pluriel. Non seulement au diapason ethnoculturel, mais également au registre comportemental.
Qu’est-ce à dire ?
D’une région du Royaume à une autre, on a affaire à une mosaïque de «caractères collectifs». Le Marrakchi blagueur et nonchalant n’est pas le Casablancais expéditif et frontal. Rectiligne comme un bâton, l’Oujdi paraît être l’exact opposé du Jdidi… et ainsi de suite.
Nous sommes, entre autres, un peuple gai et jouisseur qui raffole des fêtes et plus généralement des rencontres conviviales. Les Marocains se plaisent à rire et à pleurer ensemble.
Ces moments soudent les familles, montrent une vieille nation aux mœurs dynastiques. Ainsi, le mariage marocain, lierait-il des familles humbles, a gardé et même amplifié son aspect somptueux et imposant.
Au fil des décennies, les repas funèbres sont devenus aussi somptueux que les festins des mariages. Et même davantage, puisque le lendemain, à Rabat, on sert un tajine à la pomme de terre et, à Fès, au navet blanc.
Dès le retour du cimetière, on retrouve la bonne humeur et les blagues en souvenir du défunt. Bon public, le Marocain est un rieur-né. En vérité, aussi cyclothymique que le climat ces derniers temps, il ne rit que pour mieux pleurer et vice versa. Mais dans tout cela, aucune trace de vindicte ou de rancune.
Notre peuple est aussi profondément attaché à une religiosité qu’il a adaptée à ses différentes traditions maraboutiques amazighes, africaines et judaïques. Les différents moussems et autres mouggars restituent ces empreintes maraboutiques sur l’islam et le judaïsme marocains.
Cet islam-là, fondamentalement spirituel, a été porté jusqu’aux tréfonds de l’Afrique subsaharienne. Aucun pays musulman n’a pu entreprendre pareil rayonnement spirituel, pas même la Sublime Porte, puisque les Ottomans ne recherchaient dans les contrées, souvent occupées par la force des armes, qu’asservissement et exploitation économique.
Le Marocain peut être parfois dur comme peuvent l’être les récifs du Rif. Aussi dur que les crêtes et les pentes abruptes de cette chaîne montagneuse si rétive aux semences et même aux pâturages.
Le caractère ronchon, issu des blessures du passé et des guerres d’antan, s’est emboîté avec un relief parcimonieux en vivres, un climat si peu clément.
Des conditions bien plus éprouvantes que celles, quoique tout aussi arides, qu’endurent depuis des siècles les habitants du Souss. Mais, comment se fait-il que les Soussis aient la réputation d’«Auvergnats du Maroc» et non les Rifains ? Mystère…
Au fil des vicissitudes du long parcours historique du Royaume, tous ces signes distinctifs des différentes régions ont eu à prouver leur résilience face aux vicissitudes du long parcours historique du Royaume.
L’image de ce pont des environs de Sidi Kacem défendu, lors des dernières inondations, par un attroupement imposant face aux flots enragés, est proprement bouleversante. En effet, la solidarité est une composante organique de l’âme marocaine. Plus édifiante, cette solidarité transcende les classes sociales, les responsabilités politiques, les contingences administratives et les impératifs sécuritaires.
Les inondations de Ksar El Kébir ont offert au monde une leçon de solidarité confondante, au point que les deux principales nations ibériques, également victimes du même flux d’inondations, furent appelées par leurs opinions publiques à suivre l’exemple marocain.
L’Armée Royale, les Forces Auxiliaires, la Police nationale, la Protection civile ont vite adjoint l’énergie solidaire des populations et ainsi joint les attentes de secours.
L’ensemble de ces caractéristiques forme une configuration profilistique collective qui a vaillamment résisté aux assauts colonialistes, aux appétences hégémoniques et même aux séismes et aux inondations. Les puissances qui terrorisent et pillent partout ailleurs ont appris à réfléchir longuement avant d’oser ne serait-ce que frôler les intérêts supérieurs du Royaume.
Ainsi, le peuple dans son entièreté s’insère dans un choix civilisationnel où trônent, outre la diversité, la solidarité, la dignité, la joie de vivre, le sérieux et l’empathie compassionnelle.
Seuls les brebis égarées par l’appât de l’AdSense, les dépités et les aigris osent se soustraire à une telle symbiose. Pourtant, le droit de penser différemment est non seulement garanti par la Constitution et la vieille tradition pluraliste, mais également inscrit au fin fond du mental collectif national depuis la naissance de la Jma’a sur cette terre bénie.
Cet «édifice mental» n’est pas né de je ne sais quelle injonction interne ou externe, il est le fruit d’un long cheminement civilisationnel, dynastique et ethnoculturel depuis les Mauri. Un édifice qui a résisté à toutes les offenses, toutes les velléités de vassalisation et tous les coups bas.
Avec autant de richesse ethnoculturelle, autant de paradoxes et autant d’atouts, le Maroc n’a nullement besoin d’aller trop loin pour trouver les moyens de son rayonnement. Nous avons le privilège d’être une nation plurielle, multiple et, en un mot, orchestrale. C’est cet acquis sociohistorique qui fait défaut à un nombre considérable de pays nouvellement arrivés sur la scène internationale.
Puissent les Marocains en faire bon usage et les politiques en fructifier les bénéfices civilisationnels ! C’est, me semble-t-il, le souhait le plus cher de notre Souverain. Aziz Akhannouch a longtemps donné de sa personne pour ce faire avant de quitter la cabine de pilotage du RNI. Encore merci !
