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Chronique

Un débat interdit ?

En mai 2025, un arrêté conjoint des ministères de l’Intérieur et de la Santé a été signé afin d’encadrer le transport funéraire sur le plan sanitaire et sécuritaire. Jusque-là, l’affaire est une routine réglementaire et administrative pour améliorer un service public. Sauf que…

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L’arrêté stipulait, dans son article 5, l’arrêt des inscriptions d’obédience religieuse sur les fourgons mortuaires et le remplacement des mentions de la profession de foi islamique «j’atteste qu’il n’y a pas de divinité autre qu’Allah et que Mohammed est le Messager d’Allah» et de la mention habituelle «Transport des défunts musulmans», par deux bandes vertes latérales avec la mention «Transport de corps».

Les limites de la neutralité
Des mois passent avant que la polémique n’éclate, juste après la publication du texte de l’arrêté au Bulletin officiel, le 12 février 2026. La décision enflamme les réseaux sociaux entre partisans de la neutralité de l’espace public et défenseurs de l’identité islamique du pays.

À peine deux semaines après la première publication contestée, un autre texte est publié au Bulletin officiel, le 25 février 2026. Les autorités reculent face à la sensibilité accrue de l’affaire.

La nouvelle décision rétablit les inscriptions religieuses en précisant un ordre précis (de haut en bas) : la profession de foi, le verset coranique «Toute âme est vouée à la mort» et, enfin, la mention «Transport des défunts musulmans». Ce qui devait mettre fin à la polémique, sauf que pour certains, le mal est déjà fait.

Le porte-parole du gouvernement avait beau répondre aux journalistes, dès le 26 février, que la nouvelle décision avait été prise pour «dissiper toutes les inquiétudes». Elles ne le furent visiblement pas.

Pas prêts pour parler laïcité ?
Peine perdue, l’affaire a fait ressortir d’anciens ressentiments, venant rappeler, une fois de plus, qu’un tel débat ne pourrait avoir lieu que dans le calme que nécessite une question «normale» et légitime du vivre-ensemble en société.

Et l’on est passé alors d’une «profession de foi» d’un ex-député du PJD, affirmant que le retrait de la Chahada «soulève plusieurs questions quant aux raisons de la réévaluation de la présence de l’islam dans la sphère publique marocaine» jusqu’à l’«infiltration sioniste», dénoncée par un universitaire évoquant un «décideur imprudent» qui aurait tenté dans «un moment d’insouciance, de folie ou d’illusion, de priver le Maroc de sa caractéristique la plus distinctive» et de nourrir «un plan caché visant à instaurer un système laïque».

Le mot qui fait peur est prononcé: laïcité. Visiblement, le débat sur la laïcité n’est pas prêt d’avoir lieu dans notre pays. Même si la religion islamique insiste sur la relation privilégiée et unique entre le musulman et Dieu, même si les inscriptions religieuses sur les cercueils des morts musulmans sont, elles-mêmes, proscrites dans la religion, nombre de musulmans ont peur que l’on ébranle leur foi à cause de l’absence des rappels récurrents. Serions-nous fragiles à ce point ?

La logique qui sort encore de ce refus de débat est celle de l’impossibilité du débat lui-même quand il ne s’attarde pas sur la majorité. Or, nous savons que la bonne santé d’une démocratie est liée à sa façon de traiter les minorités.

Qu’elles soient religieuses, sociales, ethniques… Quand la minorité fait peur, la majorité n’est pas sereine.

Mais peut-être que le mois sacré ne serait pas le moment le plus propice pour parler de laïcité ?

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