Chronique
Un bout de France
L’on peut se dire que ce qui se passe en France ne nous concerne pas ici. Que les Français ont leurs problèmes et que nous avons les nôtres qui nous suffisent amplement. Qu’en est-il au juste ? Pouvons-nous vraiment faire abstraction de ce qui se passe chez nos voisins du Nord ?
Nous pourrions nous dire que ceux qui s’intéressent à la politique française appartiendraient plutôt à la catégorie des «kilimini», celle qui regroupe ceux qui ont fait leurs études aux lycées Lyautey et Descartes, les ont poursuivis en France et sont revenus en tant que catégorie CSP++ en travaillant dans de grandes sociétés avec des salaires mirobolants.
Nous pourrions poursuivre notre «cheminement philosophique» en nous disant que ceux qui suivent dans les détails des élections législatives issues d’une dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président de la République française suite aux résultats inquiétants des élections européennes font partie des gens qui ne regardent pas 2M ou Al Oula, mais qui ne s’informent qu’à partir des chaînes françaises d’information continue : BFM, CNews, LCI, Franceinfo ou encore LCP pour les plus alertes d’entre eux.
Une affaire externe avec des incidences internes
Eh bien, nous aurions, donc, tort. Ces élections auront aussi, que l’on veuille ou non, une incidence sur nous. Rappelons que les transferts de fonds effectués par les Marocains résidant à l’étranger (MRE) se chiffrent, selon l’Office des changes, à près de 115,15 milliards de dirhams à fin décembre 2023 (contre 110,72 MMDH en 2022). Et que 85% des Marocains résidant à l’étranger vivent en Europe, loin derrière les 9% qui vivent dans les pays du Golfe. 1,2 million en France, 550.000 en Espagne, 380.000 en Italie, 280.000 aux Pays-Bas, 130.000 en Allemagne. Ces chiffres sont en deçà de la réalité, puisqu’ils ne comprennent pas les Marocains binationaux qui ne sont plus «comptabilisés» étrangers chez eux. C’est dire le nombre de familles que ces transferts font vivre dans les villages les plus reculés, et pas que. Cette manne viendrait à tarir, et un problème naîtra dans les familles qui ne vivent que des subsides que leur envoient leurs proches travaillant en France.
Selon les années, les transferts des MRE viennent en premier ou second rang avant ou après les revenus des secteurs de l’automobile ou des phosphates. Une source inestimable de devises dont a besoin le Maroc pour assurer un approvisionnement confortable de biens importés. Et même, pour les années basses, de contribuer à réduire le déficit de la balance des paiements.
Que se passerait-il ici si le RN passe ?
Qu’adviendrait-il si le parti d’extrême droite français gagne les élections législatives du 7 juillet ? À situation inédite, supputations loufoques. Les Marocains de France ont peur. Peur de perdre leurs boulots, leurs allocations, leur sécurité sociale… Les binationaux ont peur de devenir des citoyens de seconde zone. Il paraît même qu’il y en a qui votent pour la première fois de leur vie pour faire barrage aux extrémistes.
Ce qui était impossible il n’y a pas très longtemps devient presque une réalité. L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Ils ne nous aiment pas. Ils ont peur de se faire remplacer par nous, chez eux ! Les politiques de chez nous se posent l’autre question si les racistes au pouvoir ne seraient plutôt une aubaine pour reconnaitre officiellement la marocanité du Sahara par la France. Alors que rien n’est sûr. Ils sont financés par des bourgeois dont les convictions peuvent changer selon les opportunités du marché. Il suffirait que le gaz algérien redevienne rentable pour qu’ils changent d’avis ! L’économie a les raisons que la politique ignore. Malgré tout cela, la Culture demeure la Solution.
