Chronique
«Tozz !» vs «L’Hamdoullah !»
Alors que le Royaume collectionne les avancées spectaculaires sur tous les plans, le régime militaire qui s’est imposé au peuple Algérien frère depuis 1962 compte ses forfaits.
«Ach jab tozz l’hamdoullah !?», dit l’adage marocain. En effet, à plus d’un titre, la proto-nation algérienne semble être aujourd’hui à la vieille nation marocaine ce que le «bof !» est aux pieuses louanges. Ce malicieux adage marocain rend parfaitement compte du recalage catastrophique du caverneux système piloté par la soldatesque camarilla d’Alger, aux chapitres institutionnel, économique, diplomatique, culturel et administratif. Focus.
Alors que le Royaume collectionne les avancées spectaculaires sur tous les plans, le régime militaire qui s’est imposé au peuple algérien frère, depuis 1962, compte ses forfaits au sein du Maghreb, du continent et de la sphère arabe. Ses derniers flops vis-à-vis du Portugal, de la Ligue arabe, du football africain et même de la France et de l’Italie renseignent sur un système essoufflé et, au diapason du rayonnement, littéralement ruiné.
À voir la réussite du dernier forum universel des NTI qu’est le Gitex, l’imminence de la tenue au Maroc des Assemblées générales des deux puissantes institutions financières mondiales que sont le FMI et la Banque mondiale et ce, après les triomphes marocains à l’international depuis la COP22, en passant par l’Alliance mondiale contre le terrorisme ou même la bienveillante visite de Jill Biden, la Première dame des USA, on est tenté d’enjoindre à la diplomatie algérienne – trois ministres en quatre ans ! – de se rhabiller au plus vite !
En vérité, comparer l’Algérie des soudards au Royaume relève depuis belle lurette d’un bien fâcheux malapropisme. «Ach jab tozz l’hamdoullah !?», en effet. L’Algérie offre aujourd’hui au monde l’image d’une cour de récré où l’inconscience, l’irresponsabilité, les harcèlements et les bagarres révèlent une pathologique et pathétique immaturité. Cette sinistre image éclabousse chaque jour le visage que les grands culturels de cette belle et vaillante contrée de la dimension de Hadj El Anka, Lounès Matoub, Kateb Yassine, Mouloud Mammeri, son homonyme Feraoun, Mohammed Dib, Rachid Boudjedra, Tahar Djaout et ses grands hommes d’État que furent Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, etc. avaient peiné et réussi à offrir au monde. Que – sapristi ! – viendraient faire alors les Chengriha, sa marionnette de président, ses prédécesseurs Mohamed Médiène, Hocine Belhadid, Khaled Nezzar et l’ensemble des galonnés-rapineurs actuels dans ce bel aréopage ? Chengriha vs Aït Ahmed ou encore Hafid Derraji vs Mouloud Mammeri ? Vous rendez-vous compte du désastre civilisationnel ? «Tozz!» vs «Lhamdoulla !», vous dis-je.
C’est la malédiction du gaz qui a généré cette espèce de mafia qui semble n’être là qu’exclusivement pour pomper les caisses et, pour cela, s’employer mordicus à hypothéquer le devenir de la région, du continent et même de l’ensemble du flanc sud de la Méditerranée. Feu Hassan II, qui avait fini par reconnaître de facto ses excès au chapitre des droits humains, avait néanmoins accompli la magistrale performance de mettre le peuple au travail, quoique par le biais du «marche ou crève !». C’est bien cette vocation entrepreneuriale, aujourd’hui enracinée au plus profond du mental collectif marocain, qui fait défaut à une Algérie où les prébendes gazières, souvent indues parce que consacrant la paresse et le je-m’en-foutisme généralisé, qui fait cruellement défaut à nos voisins de l’Est et continue à y plomber l’esprit d’initiative. On se rappellera les esclaffades de Boumédiène, du temps de sa ridicule «industrie industrialisante», face à la patiente et laborieuse construction par Hassan II d’un patrimoine de barrages, ou encore de Bouteflika scandant ironiquement son célèbre «Al Marrouk font rentrer les devises avec un serpent et une flûte !»
Hé oui, le monde a bien changé et le Maroc avec ! Outre les «serpents et les flûtes» – entendez le somptueux patrimoine immatériel universel salué de par le monde –, les festivals marocains ne se comptent plus. Les salons dédiés à l’industrie, à l’agriculture, à la finance et aux NTI non plus. A contrario chez les «Hakkaouis», pas l’ombre d’un touriste et a fortiori d’un investisseur non gazier !
Alors que le Maroc, dûment armé de sa féconde identité plurielle et sa crédibilité internationale, est parvenu à imposer sa doctrine diplomatique du «Sahara marocain ou rien !» à des puissances aussi… imposantes que l’Allemagne, l’Espagne ou la France, la caverneuse diplomatie d’Alger continue à faire usage des velléités de corruption active, notamment au sein de l’Afrique ou, vis-à-vis de l’ancien colonisateur, de chantage mémoriel.
Tout cela est si désolant pour qui aime profondément le vaillant et fraternel peuple algérien que j’en arrive personnellement, et en toute modestie, à tenter de m’interdire désormais d’évoquer dans mes écrits les turpitudes du système mafieux sévissant à Alger ! L’indifférence s’impose face aux piètres… pitreries des ignares surplombant le Palais El Mouradia ! Cela s’appelle en darija marrakchi «Mach-chi !».
Encore une fois, «ach jab tozz l’hamdoullah!?»
