SUIVEZ-NOUS

Chronique

To be or « Neet » to be

Alors que la Chine arrête sa politique de limitation de natalité pour cause de vieillissement de sa population, le Maroc ne traite pas encore sa jeunesse telle une chance dont de nombreux pays rêvent.

Publié le

Pendant longtemps, le monde a été bassiné par les théories malthusiennes exhortant l’humanité à moins se reproduire pour préserver la planète, diminuer le nombre de bouches à nourrir et féconder la croissance économique par le contrôle des naissances. Malthus disait vouloir «éviter de devoir» avoir recours aux guerres, aux famines et aux épidémies pour le nécessaire contrôle de la démographie mondiale.

Réduire les pauvres à la naissance
Tout était bon pour justifier les programmes du «planning familial» qui concernaient davantage les pauvres, nous le savons maintenant. Le leitmotiv était que les pauvres se multipliaient, faute d’éducation et d’activités autres que celles de copuler joyeusement. Une litanie des riches qui voulaient que les pauvres arrêtent de se reproduire. Un taux de fécondité élevé est d’ailleurs, encore, associé à la pauvreté et au manque d’éducation.

Et voilà maintenant que la Chine cherche à augmenter sa démographie. Pour une nouvelle, c’en est une. Car après des décennies de politique de l’enfant unique, arrêtée en 2016, la Chine démontre que la démographie n’est pas qu’une question de quantité, mais surtout de qualité. Le pays le plus peuplé de la planète, avant d’être dépassé par l’Inde très récemment, veut reprendre sa première place. Non pas par orgueil de rester premier, mais par instinct de survie. Sa population vieillissante menace d’avorter la croissance économique du pays.

La jeunesse, une chance pour le Maroc
Revenons à notre cher pays. La démographie du Maroc, avec sa pyramide inversée des âges, fait pâlir de jalousie les pays à démographie vieillissante. Nous voyons, à présent, les problèmes causés par le vieillissement de la population dans la vieille Europe. De la retraite à l’immigration, en passant par la pénurie de la main-d’œuvre et le dépeuplement de villages entiers.

Au Maroc, nous avons un autre potentiel que nous négligeons encore. Une jeunesse qui ne demande qu’à participer et qui, faute de place et de politiques publiques inclusives, ne rêve que de partir ailleurs, là où existe un espoir de construire un avenir. Mais pour cela, il faut d’abord se construire soi-même. Comme le verbe (se construire) ne l’indique pas, l’État a une part de responsabilité dans cette auto-construction. Toujours la même rengaine : des politiques publiques d’éducation, de formation professionnelle, de santé, de culture… Nous continuons à tourner en rond.

En attendant, cette jeunesse marocaine, richesse du pays, n’est pas vue comme une chance mais traitée comme un éventuel danger, car elle a les moyens maintenant, à travers Internet, de comparer et de faire l’évaluation de ce que l’État lui doit. Rien ne peut plus lui être caché, elle observe tout.

Ne pas laisser notre jeunesse mal vieillir
Au recensement de 2014, le Maroc comptait environ 30% de moins de 15 ans et 60% entre 15 et 59 ans. Toujours selon le HCP, la répartition de la population selon le niveau d’instruction place 36% de la population dans la case «néant». 29,3% des jeunes âgés de 15-24 ans sont des NEET (Not in Employment, Education or Training). Ces chiffres rendent inutile tout commentaire.

Ne pas laisser cette jeunesse mal vieillir dans un pays qui promet, sur le papier, est un autre moteur pour qu’on lui donne le goût de s’approprier un destin commun. Mais pour cela, plus que l’amour que nous disons porter à cette jeunesse, il faudrait lui fournir des preuves d’amour et surtout d’accomplissement par l’État de son devoir.

Sinon, nous continuerons à lui signifier que ce pays est son ennemi et elle continuerait à y voir les causes de ses échecs. La culture est la solution.