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Chronique

Sacrifier le sacrifice

Finalement, tout s’est bien passé. Un Aïd sans moutons, ce n’est pas la fin du monde. «Sacrifier» le sacrifice de la Fête du sacrifice ne s’est pas révélé insurmontable.

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Le 26 février, le Souverain avait appelé la population à renoncer au sacrifice du mouton en évoquant des «défis climatiques et économiques».

Les défis climatiques s’étant manifestés dans sept années consécutives de sécheresse qui ont entraîné une baisse de 38% du cheptel (par rapport au dernier recensement de 2016).

Le défi économique se matérialisant dans la «régression substantielle» du cheptel, conséquence directe du déficit pluviométrique et de la diminution des pâturages. La loi de l’offre et de la demande a fait le reste en provoquant une flambée vertigineuse des prix des moutons, de plus en plus rares.

Le changement est possible
Le 7 juin, les Marocains ont finalement vécu la fête comme une fête. En rendant visite à leurs familles, en mangeant des gâteaux, en habillant les enfants avec les habits neufs de l’Aïd, en mettant leurs djellabas, leurs gandouras et leurs caftans. Un Aïd normal, même sans boulfaf, sans grillades et sans «douarra».

Moralité de la journée, les Marocains sont capables de changement. Oui. Quand ils en comprennent les causes, quand il est demandé gentiment, sans véritable contrainte, et surtout quand il émane d’une demande royale. Disons toutefois que le changement, pour être effectif, doit être «accompagné».

Euphémisme. «TV5 Monde» rapportait, le 4 juin, que «bien que l’appel royal soit une recommandation et non une interdiction, certaines autorités locales ont pris des mesures exceptionnelles.

À Agadir, par exemple, les marchés et les abattoirs municipaux seront contrôlés ou fermés la veille et le jour de l’Aïd. Ces décisions visent à limiter les rassemblements et à encourager le respect de la recommandation royale».

Malgré cela, des «fake news» ont circulé sur les réseaux sociaux en propageant des rumeurs de drones pour surveiller les abattages ou d’amendes pour les «contrevenants». On ne se refait pas en un jour ! L’Agence «France-Presse» (AFP) précisait encore que «l’appel royal ne semble pas susciter de polémique notable au Maroc». Merci pour elle.

Le changement est même déjà-là
Place à l’analyse après-match. Bien sûr que nous pourrions y trouver à redire. Qu’il y a eu quelques «malins» qui ont voulu passer leur mouton en catimini. Que d’aucuns l’ont égorgé avant l’Aïd et ont congelé sa viande pour être prête le jour J.

Que le prix de la «douarra», essentielle pour les repas traditionnels de l’Aïd, est passé de 200 à 1.000 DH, étant donné la forte demande. Mais nous ne dirons rien, car tout cela démontre que ce n’est pas le sacrifice du mouton qui était important pour beaucoup, mais les repas traditionnels (tripes, boulfaf, grillades…) du jour de l’Aïd.

Autrement dit, l’on n’est pas à cheval sur le mouton. On peut ne pas l’égorger à condition de garder l’atmosphère de la journée. C’est de bonne guerre.

Finalement, nous ne sommes pas, non plus, très regardants sur d’autres devoirs religieux. Et heureusement. Cela prouve, si besoin en est, que nous pouvons vivre ensemble sans observer scrupuleusement tous les piliers de la religion (prière, zakat, pèlerinage…) sans être strictement observés.

Un autre devoir manque encore au libre choix individuel, le jeûne. Et si on étendait l’expérience pendant le mois de Ramadan. Il suffirait de le faire une fois.

Pour que le Maroc soit prêt à accueillir la Coupe du monde de manière optimale, il faut qu’il ressemble à tous les pays dont il va accueillir les aficionados. C’est-à-dire avec le moins de restrictions possible. Et c’est aussi valable pour un tourisme durable. La Culture est la solution.