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Chronique

Quand l’imagination gouverne…

Cette imagination si dynamique à la tête et au service de la nation tout entière, gagnera-t-elle un jour le mille-feuille des collectivités territoriales nationales ?

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Alors que les républiques, qu’elles soient démocratiques ou dictatoriales, sont constamment heurtées par les pressions au quotidien et le deadline des élections, et que les royautés régnantes et non gouvernantes n’ont aucune emprise sur le cours des évènements, la monarchie exécutive marocaine, bien que constitutionnelle, échappe au stress et donne ainsi libre cours à son imagination face aux problématiques les plus complexes.

Il en sort souvent des solutions imaginatives admirables. La Marche Verte, le Projet d’autonomie des provinces sahariennes ou encore l’INDH doivent leur élaboration à l’imagination politique royale, made in Morocco.

«Comme l’imagination a créé le monde, elle le gouverne», écrivit Charles Baudelaire. De plus en plus transpercé par le virtuel, le monde actuel a échappé aux esprits les plus imaginatifs de la fin du siècle précédent.

Pour sûr, personne n’aurait misé un kopeck, au lendemain de la dissolution de la Guerre froide Est-Ouest, sur l’immédiateté, telle que déployée dorénavant par la dictature du virtuel. Ni parié sur la prééminence de la finance sur les convictions politiques.

Depuis quelques années, on a vu arriver à la magistrature suprême des hommes qui n’ont jamais postulé auparavant à des mandats locaux ou parlementaires. Même des puissances membres permanents du Conseil de sécurité n’ont pu y échapper, comme l’attestent les deux mandats de Macron et Trump.

D’ailleurs, de nos jours, on ne compte plus les précédents dans tous les domaines. Ainsi, en une seule semaine, on vient d’assister à une flopée d’inédits : le Maroc champion du monde de football des U20 ; un ancien président français embastillé à la prison de La Santé ; une femme devenue premier ministre au Japon ; le braquage du Louvre…

Oui, on a bel et bien changé de monde, et ce monde nouveau est difficilement intelligible pour des mentalités toujours vissées aux paradigmes du XXe siècle. Les chefs d’État doivent disposer d’une imagination à la vastitude incommensurable pour affronter – et parfois uniquement comprendre – les problématiques inédites qui surgissent à tout-va dans notre monde de plus en plus inintelligible.

En politique, «La raison, c’est l’intelligence en exercice ; l’imagination c’est l’intelligence en érection», comme l’écrit Victor Hugo. C’est bien l’imagination qui vient au secours des hommes d’État quand, le dos au mur, ils affrontent une palette de choix exigüe sinon nulle.

Et c’est précisément l’imagination qui permet aussi de se soustraire à la vassalisation. Ainsi, manquant d’imagination, les chefs d’État midinettes qui se trouvent à la tête de régimes autoritaires ne peuvent être que les gardiens des intérêts de ceux qui dirigent le monde connecté, c’est-à-dire surveillé, verrouillé et dûment mondialisé.

Les maîtres du monde se foutent impérialement des états d’âme des chefs d’État midinettes qu’ils peuvent, à tout moment, révoquer. Y compris par mouvements de rue interposés. Que fut ce qu’on appela si maladroitement le «Printemps arabe» sinon cela même ?

Je sais depuis longtemps que notre Souverain est conscient de ces nouvelles réalités et chacun a bien vu comment il a fait montre de proactivité lors d’épisodes délicats, tels les actes terroristes de mai 2003 ou la version marocaine du «Printemps arabe» qu’était le «20 Février».

C’est dans cette atmosphère où les superpuissances elles-mêmes semblent plongées dans un effrayant désarroi – le délitement démocratique et institutionnel en Europe et aux USA en est le principal symptôme – que le Souverain a promptement innové en déroulant le tapis rouge de l’engagement politique au profit de ses jeunes sujets.

Une boîte à outils idoine a été mise à la disposition de ces derniers. Des mesures imaginatives qui s’apparentent, à maints égards, à une véritable révolution institutionnelle.

Nul besoin d’être un politologue chevronné pour deviner qu’il s’agit de promouvoir une nouvelle génération politique destinée à prévenir la sclérose du paysage démocratique, tout en dynamisant la participation des citoyens aux échéances électorales.

On ne peut s’empêcher de deviner également que le Souverain tient à élargir l’offre politique afin que le choix des staffs gouvernementaux puisse se faire en adéquation avec les aspirations de la jeunesse.

Comme à l’accoutumée, la monarchie citoyenne marocaine a été réactive aux aspirations de la jeunesse. Si le gouvernement gouverne en pilotant les chantiers, le Roi, lui, outre sa vocation à élaborer une vision pour le futur de la nation, imagine les moyens politiques, juridiques, logistiques et matériels destinés à activer et booster les chantiers de l’émergence nationale.

S’il est un domaine où l’imagination est une vertu cardinale et une nécessité absolue, c’est bien celui de la diplomatie. Feu Hassan II a fait montre d’une maestria inégalable en la matière. Mohammed VI en a hérité à profusion comme le certifie son action en faveur de l’intégrité territoriale.

Alors que l’affaire saharienne était devenue le terrain de la suprématie diplomatique algérienne en Afrique, en Amérique latine, en Europe et en Asie, le Souverain s’en est emparé dès son accession au Trône pour en faire non seulement un motif de gloire nationale, mais également l’accomplissement du leadership marocain au sein de notre région comme du continent.

Nous en sommes aujourd’hui à l’heure de Vénus pour le Maroc et celle de Saturne pour l’Algérie. Tout ce que le Royaume récolte en appuis, l’Algérie en récolte l’équivalent en damnations et condamnations, notamment dans son voisinage immédiat.

Cette imagination si dynamique à la tête et au service de la nation tout entière gagnera-t-elle un jour le mille-feuille des collectivités territoriales nationales ? L’hypertrophie des égos cèdera-t-elle la place à l’imagination créatrice, patriotique et bienveillante ?