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Chronique

Paroles, paroles et paroles… Sans interprète

De nombreux générateurs de chansons dopés à l’IA ont vu le jour, comme s’il en pleuvait. Cela nuit un peu plus à une industrie musicale qui n’a plus que ses larmes pour pleurer, après avoir enchaîné les fausses notes ces dernières années, depuis l’apparition des plateformes digitales.

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Imaginez Asmaa Lamnawar interprétant du Jacques Brel, les H-Kayne reprenant du MC Solaar ou encore Salma Rachid chantant du Whitney Houston.
Ce qui semble relever de la fiction est désormais en mesure de devenir réalité, comme un cadeau empoisonné tombé du ciel.
Récemment, en effet, de nombreux générateurs de chansons dopés à l’IA ont vu le jour, comme s’il en pleuvait. Dès lors, cela nuit un peu plus à une industrie musicale qui n’a plus que ses larmes pour pleurer, après avoir enchaîné les fausses notes ces dernières années, depuis l’apparition des plateformes digitales. Mais cette fois le péril sur les paroles est bien plus important, notamment depuis qu’il est devenu quasi puéril de faire chanter n’importe qui sur n’importe quoi.
À présent, il n’est plus uniquement question de préserver la valeur des droits d’auteur, mais bel et bien de prendre de la hauteur pour protéger l’intégrité artistique des interprètes, lorsque cela s’y prête. Sans quoi ils risqueraient de perdre la foi dans ce métier. Face à ce danger qui les guette, quelque deux-cents anges gardiens américains de ce temple de la culture ont décidé de troquer leur statut d’enfants de chœur pour celui de rockeurs déchaînés contre la démagogie de ces nouvelles technologies. Dans une lettre ouverte destinée au cercle très fermé des Open AI & Co, ils se sont mobilisés pour se «protéger contre une utilisation prédatrice de l’IA». De Billie Eilish à R.E.M. en passant par Katy Perry et Norah Jones, ces interprètes qui refusent d’être réduits au silence clament haut et fort, de manière peu tendre, à qui veut l’entendre, qu’il faut «cesser d’utiliser l’intelligence artificielle et de porter atteinte aux droits des artistes humains». Des propos aux allures de cris dans le désert qui ne trouvent aucun écho, tant les acteurs de l’IA semblent sourds à toutes ces critiques qui décrient ces outils insensibles à l’oral comme à l’écrit. Une situation qui, vue du Maroc, n’est pas aussi alarmante qu’il n’y paraît.
Pour le musicien, auteur et compositeur Nabil Khaldi : «L’IA, avec son immense capacité, ne pourra, et heureusement, jamais remplacer un artiste. Même si on arrive à cloner des voix, les ayants droit seront toujours rémunérés, à partir du moment où l’œuvre est commercialisée». Un point de vue partagé par la chanteuse Sofia Mestari pour qui «l’intelligence artificielle ne peut en aucun cas remplacer le contact humain, l’échange qui se traduit par le langage, les mouvements du corps, l’expression d’un regard, et toutes ses émotions». Une approche dans laquelle pourrait se trouver la clé (de sol) de cette problématique. Il conviendrait d’envisager l’IA et ses applications dans la musique comme un dispositif avec lequel il faut composer.
Il suffirait alors d’identifier de manière numérique le timbre de voix de chaque artiste, pour ensuite mettre en place un système de rémunération en corrélation avec son utilisation. À l’ère du tout numérique, avouez que cela passerait comme une lettre à la poste.
C’est ce qui fait dire à Nabil Khaldi que «l’IA est un outil de plus dans l’industrie musicale, parmi tous les logiciels révolutionnaires qui sont mis à notre disposition, avec lequel nous devrions apprendre à travailler plutôt que de chercher à le contrer». Et Sofia Mestari d’ajouter : «C’est un outil, un accès à certaines données au service de l’artiste. Mais l’intelligence artificielle ne doit pas entraver sa pensée, son processus de création, sa capacité à innover et à garder son sens critique». Autant dire que l’intelligence artificielle n’a pas fini de faire chanter les artistes, les vrais. En attendant de voir, peut-être un jour, apparaître sur scène des interprètes qui ont des algorithmes dans la peau.