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Chronique

Métamorphose (où tu peux)

Ramadan est là, bien présent. Même si on tente de l’oublier et d’avoir une vie normale que rien ne différencie d’autres mois de l’année, à part le fait de jeûner, beaucoup de choses viennent nous rappeler que nous sommes dans un mois pas comme les autres.

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Ne pas pouvoir manger ni boire nous transforme-t-il en autre chose que ce que nous sommes d’habitude ? En théorie et en théologie, cela ne devrait pas être le cas, c’est le principe même de ce mois sacré. L’abstinence n’est là que pour nous faire sentir dans nos chairs la souffrance des pauvres et de ceux qui ne peuvent pas manger à leur faim.

Redondance ramadanesque
En voulant éviter de dire chaque année la même chose à propos des comportements spécifiques à ce mois d’abstinence, essayons d’analyser le fossé entre ce qui devrait être et ce qui se passe pendant ce mois. Pour ma part, j’essaie de minimiser mes interactions sociales avant la rupture du jeûne. Je sais que nous sommes plusieurs dans ce cas.

L’air est rempli d’électricité, dans l’espace public, sur les trottoirs, dans les transports publics, les administrations, les bureaux, sur la route…

De ce côté-ci, Ramadan nous apprend ou nous oblige à devenir plus zen. À ne pas répondre aux sollicitations. À adopter une démarche de non-violence et de non-contribution. Oui, comme Gandhi avec les colons anglais.

Car, au final, en paraphrasant Malraux, ce mois devrait être religieux ou se limiterait à n’être qu’un mois de la faim. En plus de la manifestation ostentatoire de la foi que nous voyons pendant les prières du vendredi et du soir (tarawih), ce mois pourrait être un intéressant terrain de recherche en sciences humaines et sociales.

Un mois d’étude pour les sociologues, les anthropologues, les psychanalystes, les psychosociologues…, jusqu’aux criminologues. Sans oublier les économistes, car pas mal de règles économiques changent pendant ce mois. Ne serait-ce que la temporalité de la consommation, la frénésie des achats, le ventre vide.

L’estomac dicte au cerveau des comportements différents que l’on peut retrouver dans l’oscillation entre une quasi-hibernation pendant la journée, jusqu’au coucher du soleil ; et une presque frénésie consommatrice le soir, jusqu’au lever du soleil.

Normales contradictions ?
Les sociologues pourraient peut-être nous expliquer les formes de solidarité, d’éthique et de morale qui devraient prospérer pendant ce mois, mais que l’on ne voit pas se généraliser.

Les psychologues pourraient nous expliquer le changement de personnalité de certains de nos concitoyens qui passent momentanément de grands mécréants pendant onze mois à des grenouilles du bassin à ablutions sans que la contradiction fasse mal aux crânes de ceux qui les côtoient ou des sujets eux-mêmes ?

Pendant tout un mois, des comportements bizarres se généralisent et se normalisent avec une justification unanimement «essentialiste» ou essentialisante: c’est normal, c’est Ramadan !

Le métabolisme passe de négatif le jour, car il faut économiser le peu d’énergie que nous avons, à positif la nuit, à se goinfrer, parce que, tout simplement, nous le pouvons. Nous ne sommes pas à une contradiction près. Ce mois nous fait accepter encore plus notre schizophrénie, ou au moins, nos dualismes. La Culture est la solution.