Chronique
Match nul, balle au centre
Il va falloir que l’on s’assoie et qu’on se parle. À un moment donné, nous aurons besoin de ne plus taire nos tares. Y compris pour des raisons de santé mentale de notre société !
Que l’on arrête de remettre à plus tard la discussion sur les sujets qui fâchent ou qui seraient susceptibles de fâcher. Que l’on cesse d’attendre, très patiemment, pendant les moments de crises, que celles-ci passent, sans avoir rien traité. Et rebelote, jusqu’à la prochaine crise.
Un pays, plusieurs vitesses
Économiquement, il n’y a pas besoin de trop d’efforts pour démontrer que le Maroc roule à plusieurs vitesses. Qu’il y a des populations qui ont accès à tout et d’autres à presque rien. En prenant l’exemple d’un sujet qui fait l’actualité en ce moment, celui de l’Éducation, il y en a qui vont à l’école publique. D’autres, quand ils le peuvent, paient pour la scolarisation de leur progéniture dans le système privé. Pour les plus nantis, ce sera la mission française, espagnole, belge ou américaine…
En plus des considérations importantes sur le niveau et la qualité de l’éducation en tant que service public, et de la dualité, au moins, des systèmes d’éducation, selon que l’on a les moyens ou pas de payer pour l’éducation de ses enfants, ce problème tourne aussi autour des aspects économiques et de niveau de vie tout autant.
Ce qu’il nous faudrait traiter, à présent, ce sont les débats de société que l’on escamote. Parce qu’on ne voudrait heurter personne ni rien bousculer. Ces débats de société seraient utiles pour démontrer, si besoin en est, que nous vivons dans une société bicéphale dans ses valeurs, ses croyances et peut-être ses principes.
Traiter nos dichotomies
Les aspirations demeurent les mêmes toutefois et heureusement : paix et prospérité. Il nous faudrait maintenant de la sérénité pour que l’on puisse se mettre d’accord sur la vision d’un destin commun dont les pourtours sont à négocier entre nous.
Cette sérénité, en tant qu’état d’esprit, ne peut se gagner que si nous mettons sur la table les sujets que nous taisons mais qui sont toujours enfouis dans chacun de nous. Et ils sont nombreux et des fois alambiqués pour trouver des voies médianes qui satisferaient des tendances contradictoires entre conservateurs et progressistes, religieux et laïques, ceux qui sont d’abord pour la sécurité et la stabilité et d’autres qui revendiquent plus de libertés…
Une première liste
Commençons par un premier essai d’inventaire de ce qui ne va pas. Sans aller dans des considérations stratosphériques, voici une première liste des problèmes qui ne font que pourrir la vie à quelques citoyens. Parce qu’au final, ils finissent par faire ce qu’ils veulent, mais en se cachant et en jouant aux hypocrites en société.
Ces «petits» sujets à régler, pour commencer à avancer sereinement, seraient, par exemple, les relations intimes hors mariage, à libérer ? L’homosexualité, à dépénaliser ? Le jeûne pendant le ramadan, à désacraliser ? Aller à l’hôtel à deux sans être obligés de montrer l’acte de mariage ou d’être pistés et surveillés. Il paraîtrait même qu’une femme seule ne peut pas réserver une chambre d’hôtel dans sa ville de résidence, c’est dire ! Ne parlons pas des contradictions quotidiennes, telles que des bars ouverts, remplis de Marocains, interdits de consommer de l’alcool, de par la loi !
Car, pour finir, personne ne nous interdit de débattre de ces sujets, l’autocensure est dans nos têtes. Nous serions tous gagnants si nous extériorisons ce qui ne va pas au sein d’un débat public serein parce que respectueux des opinions de tous. Et que la démocratie gagne. Ne nous trouvons pas d’excuses à notre lâcheté dans des «lignes rouges» que nous nous imposons.
Nous pourrions même nous attaquer à des questions plus «graves» ou fondamentales qui vont certainement venir un jour, telles que la laïcité, et que nous retardons, à coup de conservatisme, de traditionalisme, de peur de la «fitna», ou simplement de fainéantise. Nous ne sommes pas obligés de trouver des réponses à tout, mais au moins essayons de nous débarrasser des mauvais réflexes de taire les choses avant qu’elles ne s’éclatent.
Et puis si j’étais le bon Dieu
Je crois que je serais pas fier
Je sais on fait ce qu’on peut
Mais il y a la manière.
Jacques Brel
La Culture est la Solution.
