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Chronique

L’inexplicable changement de logique de Jouahri

Jouahri est passé d’une stratégie défensive à un mode attaque, quitte à laisser des couloirs et des espaces vides derrière son dos. Sans nous expliquer réellement le pourquoi de ce changement de style.

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Dans les sciences dures, on dit que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. La politique monétaire n’en est pas une, mais elle a tout de même une logique, un fil rouge que l’on peut suivre.

Ce mardi 17 décembre, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de baisser le taux directeur à 2,50%, contre 2,75%. La décision était attendue, espérée et saluée par tous les acteurs du marché financier, les hommes d’affaires, les banquiers…

Le gouvernement doit aussi être satisfait de cet assouplissement du loyer de l’argent qui permettra de donner un petit coup de fouet à l’investissement et à la consommation. Et c’est tant mieux.

Mais, tout cela étant dit, il y a un problème que le Conseil de la banque centrale doit nous expliquer : Qu’est-ce qui justifie cette décision ? Et qu’est-ce qui a changé entre septembre et aujourd’hui pour expliquer cette baisse du taux directeur ?

En septembre, date du dernier Conseil de Bank Al-Maghrib, il a été décidé de maintenir le taux directeur inchangé même si l’inflation allait baisser cette année sous les 2% et se stabiliser en 2025 autour de son niveau normal.

Ce statu quo monétaire de septembre, très critiqué par ailleurs, Abdellatif Jouahri nous l’a expliqué par les nombreuses incertitudes qui rendent la visibilité difficile : guerre en Ukraine et à Gaza, risque d’enlisement de la guerre au Liban, en Irak ou en Iran, issue des élections américaines, éventuels effets des aides directes distribuées par le gouvernement sur la demande, et donc sur les prix…

En homme prudent, Jouahri préférait donc temporiser le temps que les choses s’éclaircissent, car, selon lui, il suffisait d’un petit rien pour que l’inflation reparte à la hausse.

Même si beaucoup n’y souscrivaient pas, le raisonnement déroulé en septembre par le wali de Bank Al-Maghrib était compréhensible, suivait une certaine logique. La même logique qui semble ne pas avoir été adoptée, trois mois plus tard, puisque les causes qui ont poussé Jouahri à la prudence en septembre sont toujours là.

Les incertitudes qui faisaient craindre au Conseil de Bank Al-Maghrib un retour de la hausse des prix des produits alimentaires et énergétiques dans le monde se sont même exacerbées…

Car en trois mois, ni les conflits au Proche-Orient ni en Ukraine n’ont été résolus. La situation s’est même aggravée, comme au Moyen-Orient, où la guerre s’est effectivement étendue au Liban, causant par un effet de domino la chute du régime Assad en Syrie, et facilitant de facto la déstabilisation de l’Iran, grand producteur de pétrole.

L’arrivée programmée de Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain apporte également de l’incertitude à l’incertitude, tant les décisions du futur président des USA sont souvent inattendues.

On est toutefois au moins sûrs que la guerre commerciale avec la Chine et l’Europe sera relancée à coup de droits de douane sur les importations américaines. La riposte de ces deux puissances économiques ne se fera pas attendre et causera systématiquement une hausse générale des prix dans le monde, dont un pays comme le Maroc, grand importateur, sera un dommage collatéral.

Les risques et les incertitudes qui ont poussé Jouahri à maintenir le statu quo monétaire en septembre sont donc toujours là, et se sont même exacerbés. Idem pour les prévisions macroéconomiques (inflation, croissance, déficits…). Mais cette fois, les mêmes causes n’ont pas produit le même résultat.

Et Jouahri est passé d’une stratégie défensive à un mode attaque, quitte à laisser des couloirs et des espaces vides derrière son dos. Sans nous expliquer réellement le pourquoi de ce changement de style de jeu, de tactique et de raisonnement.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est un peu brouillés et désormais incapables de suivre la logique du vénérable Conseil de notre banque centrale.