Chronique
L’IA devient une réalité dans la fiction
Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, il a été fait usage de l’IA pour vieillir et rajeunir le héros de l’histoire. Il a fallu au préalable alimenter la machine appelée Metaphysic Live de quelque 8 millions d’images collectées sur le web.
L’intelligence artificielle c’est ici et maintenant. La preuve: dans «Here», le nouveau film avec Tom Hanks, l’acteur joue le rôle d’un personnage dont la vie défile de l’adolescence au troisième âge.
Jusque-là, rien d’extraordinaire, me diriez-vous. Sauf qu’en l’occurrence, et pour la première fois dans l’histoire du cinéma, il a été fait usage de l’IA pour vieillir et rajeunir le héros de l’histoire.
La star de Forrest Gump n’en a pas cru ses yeux lorsqu’il a vu les traits de son visage se métamorphoser de manière quasi instantanée.
Pour ce faire, les réalisateurs se sont alliés au studio Metaphysic afin de mettre au point un outil qui permet de procéder aux transformations en temps réel.
À l’issue de chaque prise, le comédien de 68 ans pouvait observer, au bout de quelques minutes, le résultat réel de sa transformation virtuelle.
Il a fallu au préalable alimenter la machine appelée Metaphysic Live de quelque 8 millions d’images collectées sur le web. De quoi reconstituer les visages des principaux personnages à différentes périodes de leur vie.
Le résultat, visible d’ores et déjà dans la bande-annonce du long métrage, est littéralement bluffant.
L’utilisation de l’IA dans «Here» est à ce jour le summum de ce qui peut se faire dans l’audiovisuel.
Mais d’autres applications moins spectaculaires existent déjà depuis quelques années dans la fiction télévisuelle notamment.
Ainsi, les producteurs de certaines séries ne craignent plus les absences temporaires de leurs acteurs. En effet, il est désormais aisé de reconstituer complètement leur apparence sur ordinateur pour les intégrer ensuite au montage dans leurs scènes réelles comme si de rien n’était.
Sans parler de toutes les corrections désormais à portée de clic, à travers l’IA, qui ont également pour conséquence non négligeable de faire chuter considérablement la pression sur bon nombre de techniciens pendant les tournages.
Les défauts liés à la qualité de l’image et du son comme la présence de flous ou l’absence d’ambiance peuvent être corrigés en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Certains ont même poussé l’exercice encore plus loin, allant jusqu’à tourner toute une publicité avec une personnalité réelle sans qu’elle n’ait besoin de mettre les pieds au studio. Le spot d’une minute, sorti en mars dernier et mettant en scène le boxeur Anthony Joshua, aura nécessité la création de plus de 5.200 images via l’IA.
Ce dernier n’ayant pas eu la possibilité de se rendre disponible à la date du tournage n’aura eu qu’à valider le rendu final : une succession de gros plans plus vrais que nature et un enchaînement d’effets spéciaux à vous mettre ko.
Une démarche qui risque fort de s’accélérer au pas de course, puisqu’elle représente de surcroît un gain substantiel de temps (- 50%) et d’argent.
Des prouesses techniques qui ne sont pas, comme à chaque fois qu’il s’agit de l’IA, sans soulever certaines problématiques en matière d’emplois et de droits.
À ce propos d’ailleurs, le second semestre de l’année 2023 avait été agité par les grèves des scénaristes et des acteurs de Hollywood.
Mais ces derniers ont fini par se rendre à l’évidence, en contrepartie de certaines garanties qui ne font que repousser l’échéance.
Certes, aujourd’hui, il n’est pas encore possible de produire tout un film de cinéma en ne recourant qu’à l’intelligence artificielle, mais il faut d’ores et déjà envisager la meilleure manière de composer avec cette technologie devenue indispensable.
Reste à savoir maintenant comment ne pas se laisser dépasser pour demeurer en permanence «Here».
