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Chronique

Leçons d’ailleurs

Deux expériences électorales, l’une en France l’autre aux États-Unis d’Amérique, peuvent nous renseigner sur les dangers de l’escamotage du débat public. Que Dieu nous en préserve.

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En France, Emmanuel Macron a fondé un parti basé sur un principe, nouveau en France, de ni gauche ni droite. Il a été élu président de la République française, une première fois en 2017. Son mouvement «En Marche !» a été créé pour gagner les élections présidentielles avec pour leitmotiv une «efficacité» qui se passerait de débat gauche-droite.

L’idée était que ce qui est bien pour la société, l’économie, le pays, le politique…, doit être retenu, que ce soit de gauche ou de droite. Ce fut la naissance de la désormais fameuse nouvelle «idéologie» du «en même temps».

L’on pouvait alors être de droite et être solidaire et être de gauche et se préoccuper davantage des riches que des pauvres. Puisque la richesse des riches créerait, selon la théorie du ruissellement, des emplois pour les pauvres.

Ni gauche ni droite
La nouveauté de la démarche avait séduit les électeurs qui ont voté pour un résultat spectaculaire, pour la première fois dans l’histoire de la France. Les deux principaux partis représentant les deux blocs du Parlement se sont effondrés d’un seul coup. Avec la même pierre, Macron avait réussi à mettre à plat la gauche (Parti socialiste) et la droite (Les Républicains).

La réélection d’Emmanuel Macron pour un second mandat en 2022 a fini d’achever les deux grands partis. Au premier tour de ces élections, Anne Hidalgo représentant le «Parti socialiste» a obtenu 1,75% des suffrages et Valérie Pécresse représentant «Les Républicains» a eu 4,78%.

Les deux n’avaient même pas atteint les 5% des suffrages, minimum requis pour le remboursement des frais électoraux, c’est dire. C’en était fini, «en même temps», de la droite et de la gauche. Le sans-faute macronien a pris fin avec sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale le 9 juin 2024.

Nationalisme populiste
De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump a été élu une première fois en 2017, la même année que Macron en France. Trump a été réélu une seconde fois, plus largement, avec la même doctrine que lors de sa première élection.

Nationaliste, patriotique, nationalisme populiste…, des qualificatifs au choix. Dans tous les cas, son mouvement MAGA (Make America Great Again) prônait le protectionnisme économique et le désir de retour aux « valeurs traditionnelles » américaines, dans un mélange de droite populiste, d’antimondialisme et de conservatisme national.

Les deux histoires ont en commun, chacune à sa manière, de rendre le débat d’idées caduc entre deux grandes idéologies (socialisme/capitalisme) qui ont toujours débattu du sort des sociétés, même après la chute du mur de Berlin en 1989. Avec des alternances dans les prises de pouvoir pour chacune d’entre elles.

Transformer l’adversaire en ennemi
L’on peut considérer que le communisme est mort, que le socialisme agonise encore et que le capitalisme est en train de muer vers le libertarisme. Mais la leçon à retenir est qu’en France, l’absence du débat serein a laissé la place aux extrêmes, de gauche et de droite.

Aux États-Unis d’Amérique, et progressivement dans le monde, la liberté d’expression est devenue une excuse pour dire n’importe quoi sans craindre le ridicule.

Dans les deux cas, la division de l’opinion publique prend la forme de confrontations plus violentes entre les deux camps opposés, animés davantage par des radicalités extrêmes.

Celui qui était considéré comme adversaire idéologique à combattre, au sein d’un débat pacifique d’idées, est devenu un ennemi à combattre physiquement. Une polarisation «affective» basée sur la détestation de l’adversaire et alimentée par les réseaux sociaux et les discours populistes.

Moralité : on ne peut pas estomper la bataille des idées au nom de l’efficacité économique. La nature ayant horreur du vide, l’absence du débat pacifique fait le lit d’une polarisation, potentiellement violente.

La Culture est la Solution.