Chronique
«Le Vrai éclata et le Faux s’annihila»
Il manquait au Maroc d’avant la Marche Verte non seulement ses racines sahariennes et subsahariennes, mais également sa vocation de nation organiquement rayonnante.
Aucun doute que le mois d’octobre 2025 restera gravé dans la mémoire des Marocains et même, pour des raisons diamétralement opposées, des Algériens.
La Providence n’y a pas lésiné sur les sollicitudes pour combler le Maroc, ni, dans le même élan, sur les pensums pour punir ses ennemis du dedans comme ceux du dehors. Le 20 octobre, l’équipe marocaine des U20 rafla la Coupe du monde.
Ceux qui appelaient la jeune génération, via l’énigmatique GEN Z 212, à investir le Palais royal ont été certes entendus, mais dans un but bien plus vertueux, celui d’aller y offrir le précieux trophée au jeune Prince Héritier et y recueillir la bénédiction chérifienne.
Tel un dôme, la grâce a couvert l’ex-Empire chérifien à telle enseigne que le souffle émeutier voulu par la GEN Z ne tarda guère à faire pschitt !
Puis, le 31 du même mois béni, vint la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU qui a enfoncé le dernier clou dans le cercueil du séparatisme et banni à jamais le funeste «référendum d’autodétermination» à l’algérienne.
Tellement béni ce 31 octobre 2025 que le Souverain l’ait décrété jour de fête pour les décennies et peut-être les siècles à venir. Alléluia ! Avec le recul, en ces jours où nous fêtons le 50e anniversaire de la glorieuse Marche Verte, je mesure mieux la portée du concept même de cette épopée.
Au-delà de la multiplication par deux de la superficie du territoire national et de notre façade atlantique, il manquait au Maroc d’avant la Marche Verte non seulement ses racines sahariennes et subsahariennes, mais également sa vocation de nation organiquement rayonnante.
N’a pas vocation à rayonner qui veut, en effet. Il est même des «pays-continents» – suivez mon regard ! – qui manquent singulièrement de vocation au chapitre du rayonnement.
Outre les dispositions civilisationnelles, historiques et ethnoculturelles, faut-il encore être bien inspiré pour y parvenir. En termes d’inspiration, la Marche Verte aura été pour le Maroc ce que l’unification des deux Allemagne était pour le peuple germanique.
En termes de courage politique, elle est bien plus remarquable que la conquête par de Gaulle d’un siège au sein du Conseil de sécurité de l’ONU au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Près d’un quart de siècle après la «Révolution du roi et du peuple», Hassan II a ainsi pu vérifier l’osmose entre le Trône et ses sujets. Jean Daniel rapporte que le défunt roi lui a confié un jour qu’il avait dit au Prince Héritier, au lendemain de la Marche Verte, qu’il lui garantissait, grâce à cette dernière, un siècle de tranquillité.
J’ai eu l’immense honneur de participer à cette épopée nationale. J’écoutai le discours royal du 16 octobre 1975 en compagnie de mon regrettable ami l’acteur Hassan Essakelli. Dès potron-minet du lendemain, nous accourûmes à la Préfecture de Casablanca pour nous inscrire.
Ce qui fut fait ce vendredi-là, qui plus est par-devant le gouverneur Moulay Mustapha Belarbi Alaoui, lui-même que feu Hassan Essakelli connaissait intimement.
Durant tout notre périple de Casablanca à la frontière factice, Hassan Essakelli a donné libre cours à ses célèbres cordes vocales graves tantôt pour les vivats et tantôt pour raconter sa joie de jeune résistant de «Derb El Kabir» le jour du retour d’exil de Mohammed Ben Youssef.
L’émotion nous submergeait copieusement. Il est vrai que j’appartiens à une génération qui a connu les moments de liesse populaire de l’Indépendance.
La Marche Verte a ravivé ces moments-là, donnant ainsi un coup de jeune à un patriotisme torrentiel qui était allé jusqu’à percevoir la face du Sultan Ben Youssef sur la lune. Je tenais un carnet de voyage, quant à moi.
Voici ce que j’écrivis le jour du franchissement de la frontière : «Me vient à l’esprit le tonitruant “Allah Akbar !” crié par mon père lorsque la radio annonçait le retour d’exil de Sidi Mohammed Ben Youssef. Ne pas oublier de lui rapporter une poignée de cette terre bénite qui a donné au Royaume les plus vaillants de ses saints».
La Marche Verte a libéré le Maroc du gros de ses démons idéologiques en poussant la féroce opposition d’alors à focaliser son action sur le parachèvement de l’unité territoriale au lieu de planer dans les sphères dogmatiques du marxisme-léninisme, du tiers-mondisme ou du panarabisme ambiants.
Cinquante ans plus tard, après une alternance qui a définitivement pacifié les rapports entre la gauche et le Palais, et après deux gouvernements pilotés par les islamistes, on récolte toujours les bienfaits de la Marche Verte.
Ce jour du 31 octobre 2025 est d’abord celui de l’odieuse défaite du régime d’Alger face à une communauté internationale longtemps trompée au nom de la sacro-sainte «autodétermination des peuples».
Boumediene croyait pouvoir précipiter le Maroc vers le déclin, rendant exsangues ses finances et encore plus miséreuses ses provinces sahariennes.
C’est tout le contraire qui s’est passé et c’est bien l’Algérie qui a dilapidé une bonne part de ses ressources dans une opération vicelarde qui s’avère aujourd’hui tellement «zéroteuse» qu’elle ne peut être atténuée par quelque miraculeux zérotage que ce soit. Et puis les provinces sahariennes ont tellement prospéré qu’elles sont devenues le modèle à suivre pour le reste du Royaume.
Malgré cela, la noble main du Royaume reste tendue vers le peuple algérien. Si la «normalisation» des rapports algéro-marocains est plus que jamais nécessaire pour le bien de l’ensemble de la région, la vigilance demeure de rigueur.
Mais si les paramètres d’une authentique démocratisation du régime algérien font toujours défaut, il est urgent pour les deux peuples de reprendre langue. Mais, répétons-le, la vigilance doit être de mise. En tout cas, aujourd’hui, «Le Vrai éclata et le Faux s’annihila, car le faux est destiné à disparaître» (Coran, 81, Al Israe).
