Chronique
Jeunesse qui ne passe pas ?
Même si la proportion des jeunes de moins de 15 ans baisse et celle des plus de 60 ans a augmenté (13,8% de la population en 2024, contre 9,4% en 2014), le Maroc demeure un pays jeune. Que faisons-nous pour notre jeunesse ?
D’autres pays rêveraient d’avoir la même forme de pyramide des âges. Elle leur réglerait au moins les problèmes des retraites et de la disproportion entre la population active et celle qui a atteint l’âge de la retraite.
Il n’empêche que la jeunesse de notre démographie nous pose d’autres types de problèmes, que nous devrions résoudre. La jeunesse est certes une qualité, à condition d’en prendre soin et d’accompagner son évolution pour qu’elle soit utile au pays et à elle-même.
«Il ne faudrait pas que le concombre grandisse de travers», comme dit l’adage, car, au risque de se répéter, cette jeunesse est un moteur pour le développement économique et culturel de notre pays.
C’est elle qui sera en charge des secteurs, tels que l’économie créative, les nouvelles technologies, l’économie verte…
Des problèmes de jeunes ou de vieux ?
Elle reste cependant confrontée à des problématiques d’éducation, de formation professionnelle, de chômage, d’inégalités sociales…
Sa désillusion vis-à-vis des structures politiques traditionnelles ne l’encourage pas à s’investir dans les champs de la citoyenneté, à participer massivement aux élections, à désirer jouer un rôle important, en fonction de sa composition démographique majoritaire, dans le paysage politique national.
Car en plus de subir les mêmes problèmes du reste de la société, cette jeunesse a ses problèmes propres, avec une incompréhension persistante de la part d’une partie des «vieux de la politique» qui ne conçoivent de politique que paternaliste.
L’Boulevard, un grand festival casablancais dédié aux jeunes, vient de s’achever avec succès cette semaine et on entend encore des vieux politiques crier au «scandale» des textes des chansons et des tenues vestimentaires des jeunes. Ils ne se contentent pas de donner leurs avis sur des styles de musique qu’ils ne connaissent pas.
Ils vont jusqu’à réclamer à la HACA (Haute Autorité de la communication visuelle) de sanctionner une chaîne de service public audiovisuel, «2M», pour la diffusion de concerts d’artistes marocains pour «des contenus menaçant les valeurs partagées par les Marocains via un média financé par l’argent public».
Rien que ça. Ils oublient que les jeunes font partie des Marocains, qu’ils en forment même la majorité, et que l’audiovisuel public a un devoir d’inclusion et d’interaction avec toutes les catégories du public. Et cela comprend la prise en compte des codes d’expression et des pratiques culturelles des jeunes générations.
Un débat sur les valeurs partagées
Les jeunes, habitués à davantage de liberté d’expression dans les réseaux sociaux, pourraient ne pas comprendre une censure de la création artistique qui, prétextant la préservation des valeurs, serait fondée sur un contrôle de la qualité artistique.
Il faudrait un débat sur les valeurs en question et sur qui a la légitimité de contrôler la qualité artistique ? Vaste chantier !
Mais qu’il faudra entamer un jour pour ne pas continuer à avoir le sentiment d’être un pays jeune géré par des vieux ou par quelques jeunes qui s’accommodent de la mentalité des vieux.
Il ne s’agit pas d’une invitation au «jeunisme» mais d’un réajustement des esprits en fonction de notre aspiration à la modernité et de la composition démographique du pays.
Après tout, c’est aux jeunes de trouver les moyens d’expliquer ou d’imposer leurs choix. Ils ont, certes, d’autres façons que les vieux pour le dire. Mais peut-être que le vrai courage leur manque encore pour engager un salvateur conflit des générations.
La Culture est la solution.
