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Chronique

Face à la presse, ChatGPT prié de passer à la caisse

Entre les groupes de presse et les géants de l’intelligence artificielle, c’est «Je t’aime, moi non plus». En la matière, deux camps, qui ne font pas dans les sentiments, se dessinent pour l’instant. Même s’il y a fort à parier, qu’à terme, de toute manière, ils ne feront plus qu’un.

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D’un côté, il y a les journaux qui sont dernièrement montés au créneau, pour dénoncer le saccage de leurs écrits. Bousculés dans le confort de leur cage dorée, ils se sont mis à pousser des cris d’orfraie. Mais cela n’a fait ni chaud ni froid aux grands noms de l’IA, qui continuent à garder au frais leurs perspectives génératives comme si de rien n’était. En hiver comme en été, ils alimentent donc, en toute insouciance, la mémoire de leurs intelligences à la faim infinie, pour leur permettre de proposer de manière plus ou moins raffinée des résultats suffisamment affinés.

À l’ère des grands modèles de langage, le conflit qui opposait d’antan les moteurs de recherche aux promoteurs des droits d’auteurs semble relever d’un autre âge. Désormais, face à l’ampleur des dommages et des intérêts en jeu, il faut sortir l’artillerie lourde.
Pas moins de huit journaux composant le deuxième groupe de presse américain se sont ainsi ligués pour élaguer les intentions du fondateur de ChatGPT et son principal investisseur, Microsoft.

À ce jeu du policier et du voleur, on se demande cependant qui court après l’autre. Dans cette fuite en avant, les supports appartenant au fonds spéculatif basé en Floride reprochent aux deux géants des nouvelles technologies de se servir de leurs créations «sans autorisation ni paiement». Une position qui ne manque pas de piment, puisqu’évidemment tout cela n’est qu’une question d’argent. Et tant pis s’il faut aller jusqu’à vendre son âme au diable, en acceptant de s’asservir au service des nouvelles têtes pensantes de l’internet.

En la matière, il existe d’ailleurs un précédent datant de décembre dernier. Le New York Times avait décidé de se retourner contre les mêmes protagonistes à l’issue «de négociations infructueuses». Dans la foulée, se sentant floués, les deux complices de la Tech ont usé de tous leurs vices pour faire échec à ce qu’ils considèrent comme une tentative d’extorsion. Ne craignant guère les contorsions intellectuelles, ils sont allés jusqu’à accuser à leur tour le quotidien américain d’avoir «piraté» leur logiciel, pour se donner plus de visibilité sur la toile.

Open AI et Microsoft ont désormais compris que pour limiter la casse, il suffisait de passer à la caisse. De quoi se tailler au passage la part du lion et un costume sur mesure de défenseur des libertés de la presse. Un tour de passe-passe qui leur a permis de conclure un accord en or avec le Financial Times. Le prestigieux quotidien économique britannique offre ainsi ses références en contrepartie de moyens non négligeables de subsistance. Et dans cette dynamique économique, les deux complices liés par l’IA revendiquent aussi à leur actif l’Allemand Axel Springer, éditeur du tabloïd Bild. Leur partenariat prévoit également le versement de fonds conséquents, sans que le montant ne soit divulgué.

On ne le sait que trop bien, la transparence en matière d’intelligence artificielle est une ficelle que l’on préfère garder à l’abri des regards indiscrets. Et comme pour détourner l’attention, le PDG du groupe germanique préférait considérer que ces accords «sont cruciaux pour préserver et promouvoir un journalisme indépendant et un paysage médiatique prospère».
On finirait presque par croire à ce beau contre-feu d’artifices.