Chronique
Et maintenant… qui sommes-nous ? Où allons-nous ?
«Si tu veux savoir où aller, commence par te demander d’où tu viens», dit le proverbe africain.
Pour le Maroc d’aujourd’hui, le «par où aller» est aussi important que la destination elle-même. Quoique touché par les effets autant vertueux que pervers de la mondialisation, le Marocain demeure profondément attaché à l’essentiel de ses fondamentaux anthropologiques où le père est hautement considéré, l’aîné respecté et la mère vénérée.
Être pluriel, viscéralement communautaire, familialement conservateur, le Marocain étonne souvent par sa capacité d’intégration des schémas culturels occidentaux. D’aucuns vont vite en besogne en qualifiant cette dualité de travers schizophrénique. Que nenni ! Cette dualité qui habite l’imaginaire marocain vient historiquement de bien loin, du fait de la richesse des influences, des affluents et des cultures traversées en Afrique subsaharienne, en Andalousie et, plus tard, au sein des pays d’immigration. Voilà, entre autres, pourquoi le peuple marocain se refuse à toute consignation mono-identitaire.
L’occurrence de ce rappel est le fait que le pays se trouve aujourd’hui à une intersection historique inédite où il aura à faire des choix cruciaux quant à sa conception du vivre-ensemble. Le «où allons-nous ?» se présente à lui aujourd’hui notamment par le triple biais de l’État social, de la révision de la Moudawana et de la régionalisation avancée.
À travers ces trois prismes, il doit formaliser les contours de son modèle de société. Tout en sauvegardant les valeurs de solidarité et de cohésion nationale, ce modèle, du fait de son intégration des valeurs universelles, est acculé à se débarrasser à jamais du caractère inégalitaire, à intégrer la justice sociale et spatiale et à en finir avec la minoration des droits de la femme. Ainsi, dans la foulée du remarquable élan de solidarité constaté lors de la pandémie du Covid-19 et en parfaite conformité avec les recommandations du rapport sur le Nouveau modèle de développement (NMD) en matière de développement humain, le vaste chantier de l’État social a été enclenché.
Véritable révolution transversale, ce copieux «panier» normatif vise la généralisation de la protection sociale, la réhabilitation du système de santé, l’intégration du secteur informel, la promotion de l’équité territoriale. Bref, la restauration de la dignité individuelle et collective, de telle sorte qu’aucun citoyen ne soit dorénavant abandonné à l’exclusion, à la misère, à la maladie et aux coups durs de l’existence.
C’est un «Maroc de l’Inclusion» qui doit émerger crescendo jusqu’aux confins de l’apothéose du Mondial de 2030. Au niveau de la couverture médicale, une batterie d’outils efficients a d’ores et déjà été mise en branle : la Haute autorité de la santé, les Groupements territoriaux de santé, l’Agence du médicament et des produits de santé, l’Agence marocaine du sang et des dérivés du sang, la formation des professionnels de santé jusqu’à la réalisation de l’objectif de 45/50 pour 10.000 habitants grâce au doublement du nombre des diplômés des facultés de médecine et de pharmacie et le triplement du nombre d’infirmiers et de techniciens.
Au diapason de la protection sociale, dûment adossée au RSU, une avalanche de mesures normatives et opérationnelles a vu le jour : l’Agence nationale de soutien social, l’Agence pour le développement du Grand Atlas, le soutien au logement des faibles et moyens revenus, les allocations ciblant l’enfance, les veuves, les handicapés, les démunis, etc. Autant de vecteurs vertueux contribuant au relèvement de l’IDH.
Ce souffle réformateur campe également l’égalité des droits entre l’homme et la femme, telle que l’affirme avec force la Constitution de 2011. C’est dans cet esprit que la révision du Code de la famille a été enclenchée par le Souverain avec obligation d’objectifs et deadlines précis (six mois). Une urgence dictée par la métamorphose de la configuration du sociogramme national depuis la mouture de la Moudawana du 10 octobre 2004.
La famille s’est davantage nucléarisée, les femmes représentent dorénavant plus de la moitié de la population marocaine, l’indice synthétique de fécondité s’est stabilisé autour de 2 enfants, l’espérance de vie à la naissance est de 78,5 ans pour les femmes contre 75,1 ans pour les hommes. Des indicateurs qui placent l’égalité entre les deux sexes dans la case des urgences absolues.
La refonte du Code de la famille ainsi confiée à une commission ad hoc multidisciplinaire cible essentiellement les injustices frappant la femme et surtout l’enfant : mariage des mineurs, polygamie, héritage, «taasib» (statut du testament) y compris, mères célibataires et enfants issus des rapports hors mariage ou encore la reconnaissance de paternité.
Bref, il s’agit de traquer les rapports sociaux inégalitaires, discriminatoires et répressifs subis par la femme et l’enfant. Quant à la «régionalisation avancée», elle rencontre encore des soucis normatifs et de modus operandi certes difficultueux, mais nullement insolubles.
Chacun sait que ce chantier reste suspendu à l’issue diplomatique de l’Initiative d’autonomie des provinces sahariennes, mais le développement territorial harmonieux du pays impose d’ores et déjà d’apporter des réponses aux chapitres essentiels que sont la fiscalité locale, la rationalisation de la fonction publique territoriale et la justice spatiale.
Un État social crédible, un Code de la famille débarrassé des offenses faites à la femme et à l’enfant, et une régionalisation avancée… ce sont là trois chemins stratégiques par lesquels le Maroc peut se diriger sereinement et résolument vers son destin démocratique et de modernité. Bon vent !
