Chronique
Diamant ou graphite ?
En langage scientifique, le diamant et le graphite sont deux allotropes du carbone. Deux formes structurellement différentes d’un même élément chimique. La nature peut être un exemple à suivre pour transformer notre société.
En langage scientifique, le diamant et le graphite sont deux allotropes du carbone. Deux formes structurellement différentes d’un même élément chimique. La nature peut être un exemple à suivre pour transformer notre société.
Dans la nature, bien qu’ils aient presque la même formule chimique, le diamant est dur et transparent et le graphite est mou et noir. La différence n’étant pas dans la composition, mais dans l’agencement des atomes, ce qui finit par créer deux structures distinctes.
Dans le diamant, chaque atome de carbone est lié à quatre autres atomes de carbone, formant une structure cristalline tridimensionnelle dense et rigide. Le résultat est l’existence de fortes liaisons qui s’étendent sur tout le réseau cristallin du diamant.
Dans le graphite, chaque atome de carbone est lié à seulement trois autres atomes de carbone, formant une structure lamellaire composée en couches planes. Le résultat est également l’existence de fortes liaisons, mais qui ne s’étendent pas sur tout le réseau cristallin du graphite.
Les scientifiques expliquent la fragilité du graphite par la faiblesse des forces de liaison entre ses différentes couches permettant à celles-ci de glisser facilement les unes sur les autres, rendant le graphite tendre et friable.
Diamant ou carbone, quelle option choisir ?
La grande différence entre le diamant et le carbone réside donc dans les liaisons chimiques entre les atomes qui les constituent. Peut-être tout comme notre société. Une structure en classes sociales très inégales affaiblit la solidité du lien entre ses éléments.
C’est cette liaison dont nous avons besoin pour devenir une société solide et transparente, comme le diamant. Il n’est dès lors plus question de chimie, mais d’alchimie.
L’objet de cette chronique n’est pas celui d’un cours de chimie, mais plutôt de s’inspirer de la nature pour comprendre notre société, notre pays et nous com-prendre nous-mêmes.
Car a priori, notre pays a les ingrédients qu’il lui faut pour se développer : une jeunesse abondante qui en veut et qui ne demande qu’à participer, des ressources naturelles, du soleil, deux façades maritimes, des autoroutes, des trains, des citoyens bien constitués, intelligents et volontaires… Et pourtant, quelque chose ne va pas. Quoi ? Le diagnostic n’est pas tout à fait établi.
Un réel besoin de bons alchimistes
Et tout comme les alchimistes qui passaient leur vie à chercher la Pierre philosophale ou le Grand œuvre pour transmuter les métaux en or, il nous faudrait des politiques et des modes opératoires qui auraient comme objectif de transformer notre pays en diamant plutôt qu’en graphite.
Et nous l’avons vu dans la nature, il est question de structure d’organisation et non pas de composition. Au lieu de cela, nous avons encore des décideurs et des «managers» qui arrivent à transformer l’or en autre chose que je ne nommerai pas pour rester poli.
D’ailleurs, il n’existe pas dans le dictionnaire un mot qui désigne le contraire d’un alchimiste.
Nobuaki Notohara, un auteur japonais qui, après avoir passé quarante années de sa vie à voyager dans les villes, les campagnes et les villages arabes et à traduire la littérature arabe, offre, dans son livre «Les Arabes, un point de vue japonais», un témoignage intéressant sur le monde arabe.
En plaisantant, il expliquait que la différence entre le Japon et le Maroc réside, entre autres, dans le choix du leader d’un groupe de dix à gérer. Au Japon, on prend le meilleur du groupe pour diriger les neuf qui restent, au Maroc, on prendrait le plus mauvais !
Au-delà de l’essentialisme exacerbé de cette généralisation, il y aurait peut-être matière à réfléchir à rajouter dans les fiches de poste du recrutement de nos managers et décideurs l’obligation d’agir en alchimiste. Pour transformer le car-bone en diamant ou au moins ne pas gaspiller l’or que nous posséderions déjà.
La Culture est la Solution.
