Chronique
Deux motifs de fierté en ce début d’année…
Deux faits retiennent mon attention en cette aube de l’année 2024 : la performance de la BNPJ dans la neutralisation d’une puissante mafia narco-politique et l’abolition du conditionnement de la coopération maroco-américaine en matière de sécurité et de défense.
Il est des occurrences où la fierté de notre marocanité submerge allègrement l’esprit et comble notre appartenance à cette belle et vieille nation. Ce fut le cas lorsque les institutions sécuritaires et judiciaires purent, sans interférence aucune, mettre fin aux turpitudes d’une mafia de cols blancs qui semble avoir longuement sévi dans le trafic de drogue. Si la présomption d’innocence doit être de mise et profiter aux «présumés coupables», il n’en demeure pas moins que la BNPJ et le parquet peuvent s’enorgueillir d’un exploit qui honore la justice marocaine.
Tout porte à croire que Saïd Naciri et Abdenbi Bioui, deux personnalités politiques de renom, seront probablement rejoints au sein de la prison Oukacha par une kirielle de complices. Dans cette affaire, il y a lieu également de rendre hommage au président du PAM et actuel ministre de la Justice, d’abord pour son empressement à saisir les instances du parti qui a aussitôt publié un communiqué où il prend ses distances avec ses deux membres indélicats en expliquant en substance que «personne n’est au-dessus des lois». Le ministre Ouahbi a, par ailleurs, laissé faire la mécanique judiciaire et cela l’honore.
L’enseignement principal qu’offre cette affaire à tout observateur objectif est l’opérabilité et la vigilance des institutions face aux turpitudes qui persistent au sein de la sphère politique. Comparativement à une Tunisie qui se désinstitutionnalise à vue d’œil et d’une Algérie où les institutions factices ne pèsent pas tripette face au pouvoir gérontocratique des militaires, le Maroc prouve la bonne foi de sa quête d’un État de droit crédible et authentique.
Les frais hôtes d’Oukacha ne sont pas des prévenus lambda. L’un est président de l’Assemblée préfectorale de la capitale économique et, outre ses responsabilités au sein de la Fédération royale marocaine de football et de la Ligue nationale de football professionnel, patron du club de football le plus prestigieux du Royaume et parlementaire démissionnaire pour non-cumul de mandats.
Son acolyte, Abdenbi Bioui, est président du Conseil régional de l’Oriental depuis 2015, après avoir été député d’Oujda (2011-2015). Ses casseroles ne se comptent plus depuis. Poursuivi, en sa qualité de président de la commune d’Oujda, pour dilapidation de deniers publics sur la base d’un rapport de la Cour des comptes, Bioui sera condamné, en 2018, à un an de prison ferme avant d’être blanchi en juillet 2023 par la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Rabat.
Une condamnation qui ne l’a nullement empêché – culot devant! – de briguer, en 2021, un deuxième mandat à la présidence de la région de l’Oriental ! Les casquettes du rastaquouère sont d’ailleurs aussi nombreuses que ses casseroles : président du conseil d’administration du Fonds d’investissement de la région de l’Oriental, président honorifique du Forum des régions africaines, secrétaire général de l’Association des régions du Maroc et membre du bureau de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP)… sans compter des «œuvres caritatives» de toutes sortes.
C’est dire l’ampleur des responsabilités que cumulent ces deux sulfureux personnages au sein de nos plus prestigieuses institutions. Il semblerait que la liste des prévenus dans cette affaire ne tardera guère à s’allonger et cela amplifiera la fierté des Marocains de leur système sécuritaire comme de leur justice. D’ores et déjà, le juge d’instruction de la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca a décidé de poursuivre en état d’arrestation une bonne vingtaine d’accusés sous une série de chefs d’accusation allant du trafic de drogue, corruption, falsification d’un document officiel, à la facilitation de la sortie d’individus du territoire national dans le cadre d’une bande criminelle. En avant-goût de cette volonté d’«épuration éthique», et sans préjuger des attributions des institutions compétentes, des parlementaires ont été empêchés d’assister à l’ouverture de la session d’octobre par le Souverain.
Je ressens une fierté autrement plus ample en apprenant que le Président Biden, en ratifiant la Loi sur l’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour l’année fiscale 2024, en a exclu les conditions pour la coopération militaire et sécuritaire avec le Maroc qui la grevaient auparavant. Rappelons que cette aide était conditionnée, par le passé, par « l’engagement du Maroc à ouvrir des négociations avec le Polisario sur l’autodétermination des Sahraouis». Cette condition était le fait du sulfureux lobbyiste pro-algérien James Inhofe, l’ancien président de la Commission des Forces armées au Sénat américain qui a déguerpi en 2022.
Ainsi s’accomplit la panoplie des conséquences de la reconnaissance par les USA de la marocanité des provinces sahariennes telle que consignée dans la Déclaration conjointe entre le Maroc, les États-Unis et Israël, signée à Rabat le 22 décembre 2020, puisque le texte de la NDAA, version 2024, souligne que «l’accord entre Israël et le Maroc a permis à la communauté du renseignement d’obtenir des informations nouvelles et précieuses concernant les priorités nationales en matière d’intelligence».
L’exploit de la justice marocaine à l’encontre de la mafia narco-politique et ce qui ressemble à une confirmation de l’Administration Biden de la marocanité du Sahara, dit occidental, constituent, en ce début de 2024, d’excellents motifs de fierté quant à la marche du Royaume vers son imminente émergence socioéconomique, politique, éthique et diplomatique. Bonne année !
