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Chronique

Débats, pas très hauts

Peut-être souffrions-nous d’une incapacité structurelle de débattre sereinement dès qu’il s’agit de religion ou de sexe. Et pourtant, à un moment, il va falloir formuler clairement jusqu’à quel point la religion devrait ou pourrait intervenir dans notre vie quotidienne.

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Deux exemples illustrent notre incapacité ou notre absence de volonté d’affronter nos tiraillements entre une pleine entrée en modernité et ce qu’il faudrait abandonner ou réformer dans nos traditions autant que faire se peut.

Laïcs dans les faits, pas dans les paroles ?
Le premier exemple est très récent. Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des affaires islamiques, rapportait lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants qu’à une interpellation de son homologue français qui lui demandait si «la laïcité vous choque-t-elle ?», notre ministre a répondu par la négative.

Devant l’étonnement et l’insistance du ministre français, Ahmed Toufiq enfonce le clou en affirmant : «Nous sommes laïcs. Certes, nous n’avons pas de textes similaires à ceux de 1905 (loi française de séparation de l’Église et de l’État, ndlr), mais chez nous, chacun est libre dans ses choix, car il n’y a pas de contrainte en religion».

La discussion a eu lieu pendant la visite officielle du président français au Maroc. Le ministre en question est Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur, également chargé des cultes.

Le ministre des Habous et des affaires islamiques a eu le tort de dévoiler une partie de sa conversation avec son homologue français. Il a dû s’expliquer, en long, en large et en travers, afin d’allumer des contrefeux aux accusations d’«occidentalisation» des principes religieux marocains, voire de «rejet de la religion» dès lors que le mot laïcité est prononcé.

Vivre en contradiction, et plus …
L’autre exemple est un peu plus ancien. Il s’agit d’un sondage effectué par le cabinet d’études Sunergia pour le compte du quotidien «L’Économiste», en juillet 2023. 1.636 jeunes âgés de 15 à 30 ans ont été sondés afin de mieux comprendre «leurs valeurs, leurs préoccupations, ainsi que leur positionnement sur différents enjeux sociétaux».

L’étude concluait gentiment à l’existence de quelques contradictions dans les déclarations des jeunes, notamment quand il s’agit de leurs «relations avec leur moitié». D’après l’enquête, les jeunes hommes veulent une femme sexy, mais voilée et surtout vierge, pour se marier.

Et pas de mariage avant l’âge de trente ans, le temps d’obtenir une situation financière satisfaisante. Une grande partie d’entre eux (30%) semble tolérer la polygamie. 26% des interrogés déclarent bien vouloir se mettre volontiers en couple sans mariage tout en étant favorables à la pénalisation des relations sexuelles hors mariage, et en continuant à exiger la virginité comme condition sine qua non pour le mariage.

L’enquête indiquait également que malgré leur grand optimisme quant à leur avenir au Maroc, ils n’ont, presque tous, qu’un seul rêve, celui de quitter le pays. Nous ne sommes pas à une contradiction près.

Le lien entre les deux exemples est celui d’une hésitation entre une absence de cohérence ou bien d’un manque de courage de dire vraiment ce qu’on pense. Il s’agirait de notre point Godwin à nous.

Dès que la discussion arrive à traiter des «fondamentaux» de la religion ou ce que nous sommes supposés considérer comme tel, elle vire, non pas à Hitler et au nazisme, mais à l’excommunication de l’interlocuteur, de son rangement dans la catégorie des mécréants (kouffar), et parfois jusqu’à légitimer une violence décomplexée par l’intime conviction d’avoir raison.

Et pourtant, il va falloir quand même un jour traiter les sujets qui fâchent. Et là, nous aurons besoin plus que jamais d’accepter l’avis de l’autre, quel qu’il soit. La Culture est la Solution.