Chronique
De l’édification du citoyen
La dynamique modernitaire qui porte actuellement le pays est parfaitement appropriée pour le chantier de la refondation d’une citoyenneté digne de notre histoire et de nos ambitions.
Dans la matrice maternelle, l’être humain reçoit en nutrition et en oxygène tout ce dont il a besoin. Il n’y a pas d’autre mot que l’amour pour qualifier cette générosité viscérale. À la sortie de la matrice, souvent sanctionnée par un cri horrifié et des pleurs, le sort des humains se retrouve entre d’autres mains que la seule main maternelle. La socialisation est en marche !
Certains humains projetteront l’amour reçu au sein de la matrice maternelle et durant la première enfance vers leur environnement. D’autres oublient vite l’existence même de cet amour et, s’ils ont le malheur d’évoluer dans une cosmogonie pathogène, s’appliqueront à propager l’ingratitude et la dysharmonie tout au long de leur existence.
Ces êtres foncièrement toxiques seront la hantise de leurs sociétés, les vecteurs inépuisables de la haine et du mal-vivre.
Ils seront des délinquants, des criminels ou pour le moins des marginaux, même s’ils peuvent devenir, hélas, des capitaines d’industrie, des généraux, des journalistes, des politiques ou même des chefs d’État ! Oufkir, Chavez, Tebboune et des milliardaires de la dimension d’Elon Musk en sont les exemples parlants.
Voilà pourquoi les sociétés démocratiques ont, durant des dizaines de décennies, construit patiemment des garde-fous pour protéger leurs citoyens contre les dégâts latéraux et collatéraux des personnes toxiques et malfaisantes.
Des «citoyens» ratés. Et voilà pourquoi la citoyenneté libre et responsable constitue l’alpha et l’oméga du vivre-ensemble.
De telle sorte que l’amour reçu dans la matrice maternelle et durant les premières années de l’existence puisse s’investir dans l’harmonie entre les citoyens à la faveur de la socialisation.
La construction d’un vivre-ensemble viable et fiable n’est donc loisible qu’à la condition incontournable de bâtir un citoyen qui ne conçoit son propre épanouissement que jumelé à celui de son prochain.
Il est pourtant poli. Mais il n’aime pas l’excès de salamalecs. Il veut la paix autant pour lui-même que pour les autres. Il ne dérange donc personne et ne veut pas être dérangé.
Il paie ses cotisations au syndic, s’acquitte loyalement de ses impôts, ne demande rien à personne, se contente de ce qu’il a.
Il se refuse à la curiosité malsaine, au fameux «tbarguig» actif et passif. Il ne se mêle pas des affaires d’autrui. Il est pourtant généreux, discrètement, lorsqu’il faut sortir quelqu’un d’un sale pétrin. Il ne demande rien en retour, mais il a en horreur l’ingratitude.
Il aime inviter, mais n’aime pas beaucoup se faire inviter, tant il a peur de confondre ses hôtes en altérant leur budget. Il n’apprécie pas l’entrisme des sans-gênes qui fouinent jouissivement et goulûment dans la vie privée d’autrui.
En dépit de la modestie de ses revenus, il envoie tous les ans une contribution à une association caritative. Il ne s’arrête jamais face à des attroupements autour d’une bagarre ou un accident de la circulation.
Il se méfie des tribuns et des rassemblements moutonniers. Il consacre un après-midi par mois à la visite des malades démunis avant de faire un tour dans tel ou tel cimetière pour y fleurir la tombe d’une proche ou même d’un inconnu.
Il voue un dimanche par mois à la visite de vieux détenus esseulés. Il est allergique aux lamentos des quémandeurs de rue qui troquent allègrement le Nom Suprême du Divin pour un misérable dirham.
Il se terre chez lui le vendredi à l’heure de la prière, tant il vomit l’hypocrisie des faux dévots qui ont massivement colonisé les mosquées. À la terrasse de son café favori, il refuse de prêter son journal à son voisin de table et s’interdit à lui-même une telle exécrable pratique.
C’est pour toutes ces raisons que les «sujets lambda» ne l’aiment pas beaucoup et qu’on véhicule à son sujet les rumeurs les plus abracadabrantesques. Plus il fuit le suivisme moutonnier, plus on le dit «arrogant», «égoïste», «vaniteux», «prétentieux»… tellement le quant-à-soi
semble être un luxe inatteignable auprès de ses contemporains !
Le pire est qu’il est fou amoureux de ce peuple mentalement racé qu’il sait victime des longues décennies de carence en éducation civique.
Cet homme porte un nom, il s’appelle… CITOYEN ! Un citoyen certes libre, mais drastiquement et immanquablement responsable.
Le Marocain mérite d’être cet homme-là, digne, parce que respectueux et respecté. Il appartient à un peuple baigné par une foultitude de cultures et de courants de civilisation.
Certains persistent à vouloir le maintenir parmi les peuples sclérosés qui en sont encore à ressasser des thèses et des antithèses sur les règles de l’ablutio precarius (wodhou assalah) et du precarius nullus (nawaqidh assalah).
À qui profite cette sclérose ? La réponse est éclatante de vérité et n’a nul besoin d’être déclinée en une thèse de doctorat. Notre libre arbitre demeurera la seule force capable de nous protéger le plus dans un monde qui a abandonné à jamais les régimes totalitaires, leurs idéologies et leurs monuments… ahistoriques !
Une occurrence historique nous est aujourd’hui offerte pour (re)construire ce citoyen libre et responsable.
La dynamique modernitaire qui porte actuellement le pays est parfaitement appropriée pour le chantier de la refondation d’une citoyenneté digne de notre histoire et de nos ambitions. Le Souverain s’est autoproclamé «Roi citoyen», non sans qualifier cette royauté de «monarchie citoyenne». Il est donc grand temps d’édifier le Marocain «citoyen» !
Est-ce possible en une ou deux législatures ? Tout est possible quand la volonté politique rejoint une grande Vision.
Tant que le Royaume est abonné premium aux succès. Qui pouvait miser un seul kopeck sur le football national il y a un peu plus d’une décennie ?
Allez, au travail !
