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Chronique

De la citoyenneté en général et du respect en particulier

Nous venons de tourner la page de cette année 2023 qui a été riche en évènements marquants, autant réjouissants que douloureux.

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J’ai choisi d’évoquer quelques thèmes relevant aussi bien de la sphère intime que du domaine public.

Il est une question qui a longtemps été coupable de mon insomnie et qui constitue la colonne vertébrale de toute nation digne de ce nom. Il s’agit de la citoyenneté. Ce modus operandi du vivre-ensemble constitue le rhizome de l’État-nation. Et le Maroc en est un.

Si, en France, l’État a émergé avant la nation et que l’Allemagne a connu le processus inverse, l’Etat et la nation ont émergé quasi simultanément au Maroc au VIIIe siècle grâce à Driss1er. Dès ce temps-là, il y eut une équilatérale coïncidence entre l’appartenance à un groupe identitaire (les Awraba issus de la tribu des Sanhaja) et une forme de souveraineté assurée par le monarque autour d’un destin collectif. Le texte de la profession de foi prononcé par Driss 1er est un morceau d’anthologie en matière de définition de la «moubaya’a» (allégeance réciproque). Bien plus tard, alors que l’accumulation des acquis juridiques de l’État califal, sultanal puis makhzénien, s’est amplifiée au fil des siècles et des dynasties, Hassan II procédera à la construction de l’État moderne, dûment représenté sur l’entièreté du territoire, y compris au sein des douars les plus reculés.

En dépit de cette longue marche vers l’épanouissement de l’Etat-nation, la citoyenneté pleine et entière peine à s’enraciner. En effet, si la citoyenneté procure tous les droits qu’implique l’appartenance à une même nation – même territoire, même histoire, même destin collectif –, elle est aussi un agrégat d’impératifs dont le respect constitue la charpente. C’est cette citoyenneté-là, librement choisie et/ou assumée, qui exclut l’absolution des manquements à tous les étages de la pyramide sociale. Et c’est là que le bât blesse !

Que d’irresponsabilité civique à éradiquer parmi les élus et au sein de l’administration ! Si le tribut fiscal est la porte d’une citoyenneté responsable, le respect est la clé de tout vivre-ensemble digne de ce nom. A cet égard, il n’est pas superflu de saluer l’implication des Marocains du monde, animés confusément par la nostalgie et l’empathie, qui font montre d’une solidarité à toute épreuve à l’égard de leurs compatriotes autochtones. Leurs transferts d’argent renseignent sur un patriotisme quasi charnel.

En témoigne la forte progression des flux vers le Maroc, qui atteignent 12,1 milliards de dollars (+8,6%), soit plus de 8% du PIB. A titre comparatif, les transferts vers l’Algérie ne représentent pas plus de 1,8 milliard de dollars et s’élèvent à seulement 2,7 milliards en direction de la Tunisie. En cela, les transferts constituent sans le moindre doute un puissant indicateur du sentiment d’appartenance, sinon d’allégeance à la mère-patrie. Mes trois ambitions pour mes contemporains pour l’année 2024 et celles qui suivront: la paix, la paix et… la paix, dans un monde ravagé par les conflits, la voracité des lobbies, la néfaste appétence des mafias et le crétinisme copieusement dispensé par les réseaux sociaux.

Justement, parlons-en de ces réseaux dits sociaux qui cultivent avec une inédite ténacité tout ce qui est asocial! La projection y sévit à un stade pathologique jusque-là inégalé. En effet, la course derrière le buzz fédère les aigris, les paresseux, les jaloux, les dépités et les recalés autour de l’invective, de l’irrespect et de la malfaisance.

Surtout autour d’un nihilisme à tout bout de champ, tous azimuts. Quoi qu’un gouvernement, qu’une collectivité territoriale ou un organisme public s’évertuassent à accomplir, ils se heurtent au mur du nihilisme, quand ils ne se trouvent souventement acculés à affronter un manichéisme digne des temps immémoriaux de l’Inquisition. Généralement issus d’une sérieuse mésestime de soi, le nihilisme et le manichéisme sont les paradigmes les plus toxiques que l’humanité ait eu à connaître, en cela qu’ils sont viscéralement sourds à tout bon sens. Ils ne génèrent que conflits et guerres dans un monde sans vertueuse boussole.

En faisant mes adieux à l’année 2023, il me prend une envie pressante de revisiter ma vieille profession de foi sous quelques affirmations certes sentencielles, mais sans la moindre prétention. Il n’est nullement inutile de se rappeler au bon souvenir des valeurs fondamentales qui soudent le vivre-ensemble, qui plus est dans un monde tenant mordicus à abandonner vertigineusement tout repère moral.

Aussi, en toute bonne foi, voici, très humblement, ce que je crois. Trois éléments constituent la décrépitude d’une nation : le triomphe du dogmatisme, la corruption des consciences et l’entretien sournois de l’ignorance. Trois postures couplées me désespèrent de mes contemporains : l’ingratitude adossée à l’égotisme, la médiocrité assise sur la prétention et le despotisme jumelé à l’ubuesque. Mes trois valeurs cardinales demeurent le Vrai, le Bon et le Beau. Mes trois cauchemars : l’infantilisation d’un peuple, l’opportunisme à grande échelle et le mauvais goût érigé en savoir-vivre. Mes trois préférences : l’autosuffisance plutôt que la suffisance, la solitude plutôt que la «normale attitude» et l’empathie plutôt que la sympathie.

Mes trois libertés : le calame, l’impertinence et l’humilité. C’est avec une fierté non dissimulée que je boucle cette année en compagnie d’un magazine, La Vie éco, dont la ligne éditoriale éminemment libérale convient parfaitement aux valeurs qui sont les miennes depuis près d’un demi-siècle de production journalistique et intellectuelle. Que le top management de cet excellent magazine en soit remercié.