Chronique
Culture ou action culturelle ?
La culture est un levier pour créer de l’image, de l’emploi, construire le citoyen et faire société. Quelles sont nos priorités entre les différents objectifs ? Quels objectifs assignons-nous à la culture dans notre pays ?
Parlons de la culture en tant qu’outil, car elle peut être utilisée à la fois comme instrument de soft power et comme un moyen d’émancipation. Les deux objectifs n’ont pas les mêmes finalités et ne s’adressent pas aux mêmes publics. Le soft power vise à rendre le pays attrayant pour les touristes et attractif pour les investisseurs.
La culture pour l’émancipation vise à construire des individus et des citoyens en leur permettant de développer leur créativité et leur capacité à s’exprimer tout en ayant un esprit critique.
Les deux approches sont fondamentalement différentes dans leurs objectifs et leurs implications. En analysant notre action culturelle, nous nous posons toujours la même question : quelle est la part de l’image et du soft power et quelle est celle de l’émancipation dans les objectifs de notre action publique ?
Pour mieux évaluer, les définitions d’abord
La culture peut être utilisée de différentes manières, et il est important de reconnaître les enjeux et les implications de chaque approche.
Idéalement, la culture devrait être un outil au service de l’émancipation, de la justice sociale et du développement humain, plutôt que d’être réduite à un instrument de pouvoir et d’influence.
Nous sombrons presque toujours dans le flou par manque de précision. Commençons donc par les définitions. Et donc de distinguer la Culture de l’action culturelle. La Culture a été définie par l’Unesco en tant qu’ensemble des connaissances, des pratiques, des valeurs et des symboles partagés par un groupe de personnes et transmis de génération en génération.
Elle englobe tous les aspects de la vie sociale, matérielle et intellectuelle d’un groupe (arts, sciences, techniques, langues, dialectes, religions, croyances, coutumes, traditions, modes de vie…), la liste est longue.
L’action culturelle est la démarche qui vise à rendre la culture accessible à tous et à favoriser la participation de chacun à la vie culturelle. Elle ne consiste pas dans la «simple» diffusion artistique, mais dans la volonté de faire rencontrer les œuvres aux publics, de favoriser le dialogue et l’échange, et de développer l’esprit critique et la créativité.
Elle s’adresse à tous les publics, mais elle peut également cibler des groupes spécifiques, tels que les jeunes, les analphabètes, les scolaires, les personnes issues de milieux défavorisés, etc.
Le mode opératoire nous dit tout
La culture est la matière première de l’action culturelle qui s’appuie sur les diverses formes d’expression culturelle pour atteindre ses objectifs de démocratisation, de participation et de développement.
Cette même action culturelle qui, en retour, contribue à enrichir et à renouveler la culture, en favorisant la création, l’échange et la réflexion, permet à la culture de rester vivante et de s’adapter aux évolutions du monde.
C’est l’action culturelle qui nous intéresse pour l’évaluation de nos politiques publiques de la culture. Il s’agit d’une démarche intentionnelle qui nécessite des stratégies et des ressources pour atteindre ses objectifs.
On n’a pas besoin d’être spécialiste de la culture pour apprécier, à travers le mode opératoire, si nos décideurs font de la politique publique pour émanciper le citoyen, faire société ou faire briller le Maroc au-delà de ses frontières et nous «auto-convaincre» que nous sommes les meilleurs ?
Et si l’action culturelle atteint les Marocains pour qu’ils s’émancipent en privilégiant l’action et la création à la réaction et la vie à la survie ? À vous de voir. La Culture est la solution.
